18 mai 2009 - 1 réactions
Deviendra-t-il un rival pour Nicolas Sarkozy? Sera- t-il capable de sacrifier son bonheur familial à une bataille impitoyable ? C'est la question que se posent les déçus de la droite et du centre. Et si François Fillon, qui aura 58 ans en 2012, se préparait à prendre la relève, voire à affronter son «patron» ? Tout se passe comme si, malgré les fermetures d'usines, malgré la chute du cours du lait, qui désespère les éleveurs, et les quotas qui révoltent les marins-pêcheurs, les Français savaient gré à ce discret père de famille sarthois d'avoir «duré et enduré» en incarnant un style politique à l'opposé de la mode «people». En tout cas, le baromètre Ifop-Journal du Dimanche, selon lequel 38% d'entre eux seulement seraient satisfaits du Président, tandis que 50 % le seraient de son Premier ministre, est pour celui-ci, après deux ans à Matignon, un beau cadeau d'anniversaire.
Fini les tensions ?
Du coup, Fillon l'austère, qui déclarait «Je suis à la tête d'un Etat en faillite», Fillon le sévère qui maintient les réformes de l'université et de l'hôpital et se veut intraitable avec les fauteurs de troubles, se fait charmeur, comme on l'a vu vendredi au conseil général du Morbihan, où il était si heureux qu'il en aurait parlé breton ! Il ne se plaint plus de son dos et parcourt la France : aujourd'hui dans la Drôme, demain à Nantes, pour un meeting européen de chef de la majorité. Quel contraste avec les scènes d'humiliation et de rage décrites par notre confrère Charles Jaigu dans son livre «Sarkozy, du Fouquet's à Gaza», où l'on voit Fillon, furieux de n'avoir pas été placé comme Bernard Kouchner à la table présidentielle lors d'un dîner à l'Elysée en l'honneur des Bush, partir, ulcéré... et être rattrapé de justesse par sa femme, Penelope. Avec le déséquilibre des popularités, ces tensions vont-elles revenir ?
Modèle Barre
Pas sûr. Ou pas si vite. Le président de la République a compris en effet que, pour apaiser des Français anxieux, il ne lui suffisait pas de batailler sur la scène internationale. Il lui fallait prendre du recul et mieux dégager le sens de son action. D'où sa formidable opération de séduction, très mitterrandienne, par exemple en direction du Nouvel Observateur, dont l'éditorialiste Jean Daniel relate «Le déjeuner à l'Elysée» avec une admiration non feinte. En même temps, Sarkozy s'est résolu à une répartition des rôles plus traditionnelle: son Premier ministre est désormais encouragé à aller sur le terrain pour assumer la responsabilité de l'action gouvernementale. Cela risque d'abîmer la popularité de Fillon. Mais il espère que l'on se souviendra de sa sagesse, de sa loyauté et de son endurance à la Raymond Barre.