14 novembre 2011
«Le dogme de la libre concurrence entre les pays d'Europe et de l'ouverture de leurs frontières, c'est fini ! Le dogme du libéralisme, c'est fini !» Ce n'est pas Jean-Luc Mélenchon qui parle ainsi, ni Arnaud Montebourg, ni Jean-Pierre Chevènement. C'est le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire. Chargé de préparer le projet de l'UMP pour les législatives de 2012, il lance cette profession de foi, hier, sur Europe 1 avant d'aller défendre bec et ongles, jure-t-il, le maintien des subventions européennes à des associations telles que les Restos du coeur. Le rêve américain de la réussite individuelle et sa traduction française «travailler plus pour gagner plus, et que le meilleur gagne...», ce serait fini aussi ?
La fraternité des «Intouchables»
Voilà peut-être, en tout cas, un premier effet - moral - de la crise, si l'on en juge par le succès étonnant du film «Les Intouchables» où l'on voit un milliardaire tétraplégique et un grand black athlétique, assisté à sa façon (par les Assedic), mais formidablement libre par son rire et son amour de la vie, se lier d'une sincère et jubilatoire amitié. Et si la droite et la gauche se disputaient bientôt le slogan «fra-ter-ni-té» lancé par Ségolène Royal sous les railleries ? Un autre clin d'oeil de l'actualité de la semaine en fait rêver: tandis que l'impatient Montebourg provoque un tollé en prétendant refuser l'investiture socialiste aux plus de 67 ans, un couple d'octogénaires de Clermont-Ferrand, Georges et Suzanne, suscite un étonnant mouvement de sympathie en décidant, pour rester citoyens à part entière, d'ouvrir une boulangerie...
La «prospérité» des fraudeurs
Avec la gestion de l'euro, critiquée par la «Droite populaire» de l'UMP, comme par le souverainiste Nicolas Dupont- Aignan et par la gauche Chevènement-Mélenchon; avec aussi, bien sûr, le nucléaire, point de fracture entre EELV et le candidat socialiste Hollande (énergiquement soutenu là dessus par Chevènement) cette «nouvelle morale» sera en tout cas l'un des thèmes de la campagne présidentielle. Certes, la société de consommation individualiste a encore de beaux jours devant elle. Certes, l'emploi des handicapés marque le pas, comme on va le répéter tout au long d'une semaine consacrée à cette grande cause nationale. Certes aussi, les fraudes aux aides sociales continuent de prospérer, aux dépens des plus faibles. Nicolas Sarkozy doit aborder ce sujet, demain, à Bordeaux. Nul doute que le Président, attaqué comme «le Président des riches» en profitera pour se poser en champion de la lutte contre les injustices et plaider pour la solidarité entre générations. Son pari, envers et contre tout: démontrer que son rival socialiste n'a pas «le monopole du coeur».