30 avril 2009 - 1 réactions
Il faut être visionnaire et sans doute un peu poète comme Dominique de Villepin pour affirmer, à l'approche du 1ermai, que la situation est «prérévolutionnaire». En admettant que les violences sociales sporadiques se multiplient, le gouvernement et le patronat peuvent compter sur les syndicats «représentatifs» pour canaliser une colère qui les menacerait également.
Les destructions de locaux officiels et séquestrations de cadres dans les entreprises ne sont pas plus révolutionnaires que les dégâts causés naguère par les manifestations d'agriculteurs ou que les rétentions d'automobilistes par les barrages de camionneurs ou d'éleveurs. Une étude comparative sur la violence et le coût global de tels débordements montrerait d'ailleurs que les salariés sont plutôt moins destructeurs que les agriculteurs et que leurs prises d'otages ne visent qu'à faire venir des caméras de télévision. Les excès, commis ici et là ces derniers temps, apparaissent plus comme des extrapolations exacerbées de l'action revendicative classique que comme l'émergence d'une stratégie de radicalisation générale des conflits. D'ailleurs, curieusement, l'ultra-gauche n'apparaît ni à l'avant-garde ni dans les coulisses de ces faits-divers sociaux à finalités médiatiques. Les «révolutionnaires» professionnels de type Besancenot sont bien trop occupés à lorgner des sièges parlementaires pour s'activer à renverser le capitalisme. Ils finiront, comme leurs ancêtres trotskystes des années soixante-dix, dans les douillets fauteuils du Sénat. Quant aux syndicats alternatifs ? l'Unsa et Sud notamment - leur sort est largement compromis par l'accord du 10avril 2008 entre le Medef, la CGPME, la CGT et la CFDT sur la représentativité. Reprise par le gouvernement dans la loi du 20août 2008, cette extraordinaire «position commune» entre le patronat et deux syndicats vise à éliminer les petites organisations au profit des deux centrales dominantes et au détriment de FO. Institutionnellement renforcées, la CGT et la CFDT ont d'autant moins de raison de faire de la peine à un gouvernement de droite qui les cajole qu'en face, à gauche, il n'y a rien. Hormis les cortèges imposants mais stériles des 29janvier et 19mars et quelques exaspérations vite tempérées, le climat social est à l'inquiétude et à l'abattement. Un lyrisme romantique y voit peut-être des ferments révolutionnaires mais il n'y trouvera ni Lénine ni même Cohn-Bendit.
[JOANNES_Q]
