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Courant d'ère. Pour mon bien

11 octobre 2009

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Je voudrais clamer ma sympathie envers ce médecin de Fouesnant qui, dans une lettre au Monde, dit son effarement et son indignation face aux ravages de certains dépistages forcenés que nous autres, patients crédules et ignorants, subissons à l'aveugle jusqu'au martyre. Il incrimine spécifiquement le dosage de PSA (marqueur biologique de la prostate) qui est recommandé aux hommes de plus de 50 ans par l'Association française d'urologie. Laquelle multiplie les campagnes, les incitations, avec tous les arguments du bon sens: un cancer pris à temps, n'est-ce pas, est un cancer sous contrôle. Ce qu'elle ne dit pas, l'Association française d'urologie, c'est combien sont douloureux les curetages, les prises de sang, les peurs qui résultent d'un dépistage positif. Combien d'hommes, jusque-là valides, en sortent dépressifs, incontinents, impuissants, vieillis prématurément. Déglingués. C'est fort dommage, me direz-vous, mais si le cancer était une maladie bénigne et indolore, ça se saurait ! Sans doute. Ce qui ne se sait pas, ou pas assez, ou qui ne se dit pas, c'est que beaucoup d'hommes sont porteurs de petites tumeurs cancéreuses dont la probabilité qu'elles flambent n'est nullement élevée. Et qu'en vertu de l'intangible principe de précaution, on leur inflige, «au cas où», des rayons épouvantablement destructeurs, on les prive de sexualité active, et d'autres «détails» encore dont les études randomisées ne s'encombrent guère. Pour parler net, on gâche l'existence de gens dont les cellules cancéreuses sont asymptomatiques et qui seraient vraisemblablement morts d'une déficience cardiaque ou d'une embolie pulmonaire. D'ailleurs, la Haute autorité de santé ou l'Institut national du cancer sont plus que réservés envers ces campagnes de dépistage. Mais le lobby des urologues et des labos ne désarme pas pour autant. Le Journal of the national cancer Institute estime que, depuis la commercialisation du test, en 1987, un million d'hommes ont subi «inutilement les désagréments du traitement». Ce qu'on appelle un effet de «surdiagnostic». Passons sur la litote: les «désagréments» en question ne se ramènent pas au goût amer d'une pilule ou à une contrainte passagère. Beaucoup de médecins crient au scandale, et c'est tout à leur honneur. Ceux-là, du moins, je leur confierai mon corps si nécessaire. Les autres, j'ai trop peur qu'ils me découpent en rondelles pour mon bien.

  • Hervé Hamon
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