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Courant d'ère. Alors, elle vient cette grippe A ?

25 octobre 2009

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Tout au long de l'été, la ritournelle ne nous a pas lâchés. C'était le tube du moment, on nous le serinait à toutes les heures et à tous les étages. Le virus. Le virus pandémique. Le virus chafouin. Le virus mutant. Le virus promis.

Au 20h, sur n'importe quelle chaîne, le journal démarrait avec cette information vitale: un cas de H1N1 a été détecté sur un touriste en provenance du Mexique, lequel est sorti de l'hôpital après une cure de Tamiflu. Interview de la famille du touriste. Interview d'un médecin (tout va très bien, mais on a raison de s'inquiéter), et à demain. C'était un peu court, mais c'était une mise en jambes, un chatouillis annonciateur. Le frisson viendrait plus tard. À la rentrée, on a senti que ça promettait. Pour de bon. Des écoles, des collèges, des lycées fermaient les uns après les autres. Et des milliers de jeunes Français rigolaient parce qu'ils étaient délivrés de leurs profs dès le deuxième ou troisième jour. Les rectorats étaient sur les dents, tandis que le gouvernement, qui cultive le principe de précaution comme une fleur délicate, commandait des monceaux de masques et 94millions de vaccins (la population française est en expansion, apparemment). Ce serait bientôt la guerre, avec ses lâchetés et ses héroïsmes, ses collabos et ses résistants. Ce serait l'aventure. Et là-dessus, rien. Rien de rien. Les journaux télévisés se sont mis aux abonnés absents. Quelques-uns ont murmuré tout bas que la grippe saisonnière était autrement redoutable que le proliférant virus qui ne proliférait pas. Il a fait scandaleusement beau. Et puis, on a parlé de Jean Sarkozy, qui a perdu ses cheveux - pas sous l'effet de la grippe, il est vrai. Tout juste, par raccroc, incidemment, entre deux brèves, nous a-t-on susurré, ici ou là, que le personnel soignant ne se bousculait guère au portillon pour se faire vacciner. Les traîtres. Car les 94millions de vaccins sont bel et bien là, pour un montant d'un milliard d'euros. Les actions de Sanofi et de Novartis se sont envolées, et les hôpitaux, eux, sont toujours dans la dèche. Je ne parle pas des tonnes de tonnes de masques. On pourrait, peut-être, les refiler aux travailleurs du bâtiment qui respirent n'importe quoi. Moi, je le dis franchement: je suis déçu. Le virus nous trahit, platement, sans panache. Le virus se dégonfle. Je serais Roselyne Bachelot, je ne sortirais plus de chez moi.

  • Hervé Hamon
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