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Analyse. Une multinationale du crime

10 janvier 2011 - 2 réactions

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La France est présente au Sahel pour des raisons historiques et stratégiques. Et à l'instar des compagnies pétrolières pour lesquelles les zones d'extraction sont vitales, la France dépend du sous-sol uranifère du Niger : Areva en tire le tiers de l'uranium qui fait tourner les 58 centrales françaises et qu'elle vend dans le monde entier.

 L'Aqmi (al-Qaïda au Maghreb islamique) est, certes, une organisation djihadiste émanation du GSPCalgérien, et elle a conduit des attentats-suicides dans la région; mais c'est surtout une multinationale du crime, comptant tout au plus 300 militants, qui conduit des petites guérillas dans sa zone d'influence (Algérie, Mali, Niger, Mauritanie) où les sources de revenus ne sont pas si nombreuses; l'enlèvement est devenu une activité à part entière, qui vise des Européens pour une raison simple : soumis à une forte pression médiatique, dont l'Aqmi joue avec un art consommé des relations publiques, les États payent des millions d'euros pour récupérer leurs ressortissants. Les monceaux de devises alimentent ensuite les activités de l'Aqmi. Protecteurs des trafics de drogue dont le Sahel est devenu une plaque tournante, fournisseurs d'armes et de combattants à divers groupes d'activistes, protégés par l'immensité désertique, l'Aqmi est aussi divisée en diverses tendances. Les deux principales katibas (groupes de combattants) sont animées d'une part par Abdelhamid Abou Zeïd (assassin de l'otage britannique Edwin Dyer en 2009, ravisseur du Français Michel Germaneau mort en juillet 2010, et geôlier des otages d'Arlit), et, d'autre part, par Mokhtar Belmokhtar qui serait, aux yeux de sources proches du renseignement français, l'auteur de l'enlèvement des deux Français tués après leur rapt. Selon l'ancien ministre malien des Forces armées et des anciens combattants, Soumeylou Boubèye Maïga, « les leaders d'Aqmi, à commencer par Belmokhtar, ont contracté plusieurs mariages de convenance dans différentes communautés, achetant ainsi leur protection. D'autre part, les groupes mafieux et Aqmi ont suppléé à la défaillance des Etats en apportant des solutions à certains problèmes fondamentaux des populations. » Comme on l'avait vu en juillet dernier lors de l'opération qui avait conduit à la mort de Michel Germaneau, Paris n'est plus décidé à entrer dans le jeu des ravisseurs. Ce calcul est dangereux pour les otages, mais avec huit compatriotes aux mains de ravisseurs, Nicolas Sarkozy veut faire entendre le langage de la fermeté. Quoi qu'il en coûte...

  • Jean Guisnel
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2 réactions

  • jeanot
    David contre Goliath
    En un mois les islamistes ont tué cinq compatriotes, trois soldats dans les montagnes d'Afghanistan, deux otages dans les sables du Sahel. Ces "fous de Dieu" et autres brigands retiennent aussi huit otages dont on n'a guère de nouvelles rassurantes. Ils ont déjà tué un autre otage en fin d'année dernière. C'est beaucoup. Nos autorités ne sont pas inactives. Mais il semble tout de même qu'il y ait des questions à poser concernant notre doctrine de riposte en la matière. Au Sahel, nous avons activé quelques centaines de militaires issue d'unités spécialisées, essentiellement du "Commandement des opérations spéciales" (COS) et de la DGSE. Avec en appui, quelques avions, quelques hélicoptères. On n'a pas récupéré les otages, mais avec le concours des troupes locales, on a tout de même provoqué quelques pertes sévères chez les islamistes tant au cours de l'opération récente que pendant celle visant à libérer l'humanitaire Germaneau. Notre riposte a démontré notre réactivité aux opposants et même si le but n'est hélas pas atteint, ils y regarderont à deux fois avant de tenter d'autres forfaits. En revanche, en Afghanistan, toujours contre des combattants islamistes de fortune, nous avons récemment "mis le paquet". Mission d'un mois du fleuron de notre défense nationale, le porte-avions Charles de Gaulle. Une trentaine d'avions de combat dont dix Rafales de toute dernière dégénération. A la clé 180 missions de guerre, avec des aéronefs bourrés des munitions les plus sophistiquées, bombes au laser, missiles de croisière. Mais on n'a jamais déclenché le feu, faute d'avoir détecté quelque combattant ou quelque cache. Dans cet affrontement contre des combattants en sandales munis d'armes légères, il ne sert à rien de dépenser des centaines de millions d'euros dans des missions de guerre avec avionique et bombes dernier cri. Les militaires le savent, qui, en matière de lutte contre les islamistes ne parlent pas de guerre mais de "contre- guérilla" ou encore de conflit "asymétrique" ou de "basse intensité". Mettre en oeuvre des moyens gigantesques comme un porte-avions et son armada est vain face à un ennemi faible mais malin. Il faut encore méditer David contre Goliath.
    Ajouté le 10 janvier 2011 à 13h24
  • Jacobin75
    depuis 2007, nous sommes devenus des cibles
    Peu de commentateurs, et c'est surprenant, rappellent la cause principale des attaques que nous subissons maintenant de la part de la mouvance islamiste radicale héritière d'Al Qaïda. Pourtant cette raison a été énoncée plusieurs fois clairement : il s'agit de notre engagement aux côtés des Américains en Afghanistan. En 2007, l'une des premières actions du président Sarkozy a été de multiplier les signes d'allégeance aux États-Unis, notamment sur le plan militaire en réintégrant totalement l'OTAN. Cette allégeance a un prix, celui d'être maintenant identifiés au clan américain, donc au clan ennemi, par toute la mouvance islamiste radicale mondiale. L'engagement militaire français en Afghanistan n'a jamais été débattu devant le peuple français non plus. Selon moi, il s'agit d'une double faute, avec des conséquences catastrophiques et durables. Le peuple français, qui n'a pas été consulté, doit en effet maintenant payer le prix du sang pour des engagements lourds pris sans son consentement, et certainement beaucoup trop à la légère.
    Ajouté le 10 janvier 2011 à 16h55

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