11 mai 2009
Victime collatérale de la crise économique, Nicolas Sarkozy doit revoir son ardeur réformatrice dans une France fragilisée.
Nicolas Sarkozy devrait prononcer, aujour-d'hui, un discours apaisant pour les médecins hospitaliers, après que l'un d'entre eux, le Pr Marescaux - auquel il a demandé de définir pour les centres hospitalo-universitairesun modèle visant à l'excellence - lui aura remis son rapport. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour dire à un électorat si sensible et influent "Je vous ai compris" Ou plutôt, pourquoi n'avoir pas attendu le rapport Marescaux, au lieu de contraindre la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, à faire voter au pas de charge la énième loi de réforme hospitalière et à mettre dans la rue des «mandarin» qui n'avaient jamais manifesté en 35 ans de carrière"
Rideau de fumée
Comme avec les magistrats, qu'il n'aime guère, comme avec les enseignants et les chercheurs, qu'il a blessés inutilement, on dirait que le président de la République, si cordial avec les syndicalistes ouvriers qui le décrivent comme un as de la négociation, a voulu bousculer des catégories professionnelles qui n'étaient pourtant pas toutes acquises à la gauche. Pourquoi a-t-il refusé, pendant des semaines, de recevoir le Pr Bernard Debré (illustre urologue, qui soigna Mitterrand), alors que celui-ci avait été, en tant que député, consulté par l'Élysée sur la réforme des institutions? Debré aurait dit au Président qu'à l'hôpital Cochin, le nombre de directeurs administratifs et financiers est passé, en dix ans, de un à dix, que les médecins et les infirmières refusent de voir leur activité comme une production de soinset que, pour réduire les coûts, il faut dialoguer avec eux. Cela aurait évité au gouvernement de faire machine arrière - après avoir dû temporiser sur les lycées et les universités - et de répandre, à la faveur d'une pandémiede grippe porcine, un rideau de fumée.
Gestion paroxystique
Mitterrand appelait cette tactique, lors des grandes manifestations pour la défense de l'école libre, qui le contraignirent à renoncer à son projet, la «gestion paroxystique des crises». L'actuel président se serait-il inspiré du «Machiavel» socialiste ? On peut en douter. Pour ne pas s'enliser comme ses prédécesseurs, Sarkozy avait théorisé la réforme rapide: «Il faut faire tout en même temps, disait-il, et dès le début». Après, il l'avait constaté au gouvernement Balladur avec le rejet du Cip jeunes, on entre à nouveau en campagne électorale et les résistances se durcissent. Mais voilà: la crise économique a frappé. Le Président a beau répéter que la réforme est plus nécessaire que jamais pour préparer le pays à la sortie de crise, il mesure soudain combien la société française est, comme le disait Jacques Chirac, «fragile». Ilne prendra pas le risque de déclencher des mouvements «révolutionnaires».
