24 octobre 2009
Les discussions sur le projet de budget 2010 ne sont pas de tout repos pour les ministres Éric Woerth et Christine Lagarde, face à la grogne au sein de la majorité et les vives critiques de l'opposition.
Avec un déficit budgétaire qui devrait atteindre 8,5% (alors que les critères de Maastricht fixent le plafond à 3%) et un endettement proche de 85% du PIB (produit intérieur brut), la France entre dans une zone dangereuse, même si la Grande-Bretagne et l'Italie font plutôt pire. La dépense publique, qui continue de progresser, représente 56% du PIB, et la situation ne va pas s'arranger avec le Grand emprunt dont le montant et les modalités semblent, néanmoins, devoir être revues à la baisse. Lequel va néanmoins rendre obsolète le plafond d'emprunt voté par la Loi de finances.
Baisses d'impôts confirmées par Sarkozy
Une situation d'autant plus préoccupante, au risque de dégrader la signature de la France sur les marchés, que les baisses d'impôts ont été confirmées dans une interview au Figaropar Nicolas Sarkozy. En effet, le chef de l'État y voit un marqueur idéologique de la droite. «Le Président prive l'État de recettes, puisque la baisse de l'impôt sur le revenu représente 30milliards d'euros depuis 2002, explique le président de la commission des Finances à l'Assemblée nationale, Didier Migaud. Sans parler des 2,5milliards de la TVA sur la restauration, qui n'ont servi à rien, mais étaient une promesse de campagne. Par ailleurs, laisser dériver les comptes de la Sécu, c'est favoriser un transfert de la solidarité vers l'assurance».
Brouillard de l'ouverture
Le député socialiste de l'Isère, auquel le gouvernement a concédé ce poste d'observation incomparable des finances publiques, est favorable, on le sait, à la suppression du bouclier fiscal et au plafonnement des niches fiscales, qui coûteront 75milliards d'euros à l'État en 2010. Migaud, qui estime ne pas être l'un des symboles de l'ouverture, mais le résultat d'un progrès du fonctionnement démocratique du Parlement, considère qu'on ne peut aggraver indéfiniment la situation, sauf à vouloir paupériser l'État dans une logique libérale. Les dernières propositions de François Hollande vont dans son sens et s'inspirent de sa réflexion. Si la gauche sait s'unir, elle peut, selon lui, battre l'actuel Président, qui désoriente son propre camp. Il reste à savoir si la révolution conservatrice que mène Nicolas Sarkozy sous le brouillard de l'ouverture peut être enrayée.
