21 septembre 2009 - 1 réactions
Le plus célèbre des quatre avocats de Dominique de Villepin, Henri Leclerc, n'est pas seulement un pénaliste si brillant qu'on n'a pu s'empêcher de penser, en l'entendant plaider avec succès (l'innocence de Richard Roman ou la culpabilité d'Omar Raddad), que l'on ferait appel à lui si par malheur un jour on commettait soi-même... Avocat de gauche, il a présidé la Ligue des droits de l'Homme. Voilà pourquoi l'ancien Premier ministre lui a confié le soin de plaider cet après-midi, à l'ouverture du procès Clearstream, l'irrecevabilité de la plainte de Nicolas Sarkozy : au motif que le président de la République, garant de l'indépendance de la Justice, a autorité sur le Parquet et bénéficie d'une immunité pénale.
Faille de la Constitution ?
En invoquant l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'Homme - « Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue par un tribunal indépendant et impartial » - Leclerc espère-t-il obtenir satisfaction ? Cela changerait-il quelque chose pour son client ? 46 autres personnalités, du mitterrandiste Michel Charasse à l'actrice Laetitia Casta, ont retrouvé leur nom sur la fausse liste de détenteurs de comptes au Luxembourg et se sont portées, comme le Président, partie civile. Le procès aura donc lieu. Villepin le sait. Mais ce qui lui importe, c'est de montrer que Sarkozy, emporté par ses ressentiments, franchit une ligne jaune. Le Monde ne conseille-t-il pas déjà au président de la République de retirer sa plainte, car «au faîte des responsabilités, on doit négliger l'accessoire » ?
Guerre de 15 ans
Entre Villepin et Sarkozy, cette guerre commence en 1994 : lorsque le premier, directeur de cabinet du ministre des Affaires Etrangères Alain Juppé, s'engage avec fougue pour Jacques Chirac contre Edouard Balladur... dont le second, qualifié de « traître », est le porte-parole. Déjà, éclatent des affaires sordides comme celle d'une prétendue plus-value immobilière réalisée par la famille de Bernadette Chirac- laquelle en veut à la fois à Sarkozy, alors ministre du Budget, et à Villepin - « Néron », qui la bouscule. La guerre culmine en 2006 quand Villepin, Premier ministre et éventuel candidat à l'Elysée, défend le « modèle français » contre son propre ministre de l'Intérieur, champion de la « rupture», mais chute sur son projet de CPE ( Contrat de première embauche). Entretemps, éclate l'affaire Clearstream. « Celui qui a fait le coup, menace Sarkozy, finira sur un croc de boucher ! » Les deux rivaux font assaut tantôt de force brutale, tantôt de ruse. Aujourd'hui, pour la première fois, c'est à qui sera, devant l'opinion publique, la vraie victime.