15 août 2009
Trois questions à Erwan Vallerie, auteur de « Sacrés noms de lieux en Bretagne », éditions Le Chasse-Marée / Ar men.
Comment expliquer le manque de règle sur la prononciation des noms de lieux ?
Ce n'est pas un manque de règle. Il y a des raisons. La prononciation dépend essentiellement de la date à laquelle un noyau francisant s'est constitué. En Haute-Bretagne, cela remonte à l'époque où le breton a été remplacé par le français. Et en Basse-Bretagne, il faut prendre en compte la date d'apparition d'une bourgeoisie de langue française dans les communes.
Comment cela s'est-il traduit ?
Prenez l'exemple de la particule « enez », qui veut dire « île », dans Douarnenez, Molenez (Molène) et Barnenez (lieu du célèbre cairn, près de Morlaix). Douarnenez a vu apparaître un noyau francophone avant le XVIIe siècle. Ce noyau a imposé la prononciation à la française, avec abandon du « s » final et l'accent tonique sur la dernière syllabe. À l'inverse, rien n'a changé à Barnenez, connue trop tard, au XIXe ou au XXe siècle. Enfin, le cas de Molenez est intéressant. Le changement de prononciation a probablement été apporté par les marins, eux-mêmes bilingues breton/français. Ils ont abandonné le « s » final, comme en français, mais conservé l'accent tonique sur l'avant-dernière syllabe, comme en breton. Cela a donné Molène.
Et les prononciations en «ène », comme Pont-Aven ?
Le cas est intéressant. Pont-Aven était prononcé à la française, en « ain », jusqu'au début du XXe siècle. Les choses ont changé avec l'arrivée des touristes. Cette terminaison en « ain » n'était pas naturelle en français. Ils ont donc commencé à prononcer en « ène ». La chose s'est reproduite dans d'autres communes touristiques, comme Baden (56).