7 octobre 2009
Bernadette Malgorn dérange? Ce n'est pas nouveau. Dès sa sortie de l'ENA, elle a commencé à mettre en ébullition le petit monde de la préfectorale: sortie à un rang qui lui permettait de choisir son affectation, elle a postulé dans une préfecture dont le préfet n'a pas voulu d'elle. Elle se rabat sur un deuxième choix. Même réponse. C'était il y a 34 ans, dans un corps préfectoral composé uniquement d'hommes et qui entendait le rester. Alors, elle menace de claquer la porte de l'Intérieur pour cause de machisme d'Etat. Une menace que le ministre ne prend pas à la légère: la voilà sous-préfète sur son troisième choix, et plus militante que jamais pour la cause de l'égalité des sexes qui forgera sa combativité.
«Tape-dur»
Elle deviendra, à 40 ans, la première préfète de l'histoire de la République, et la première préfète de région cinq ans plus tard, en Lorraine puis en Bretagne. Elle a dérangé aussi le petit monde rennais de la fête et de la nuit, lorsqu'elle était préfète. Son engagement contre la consommation de stupéfiants et l'excès d'alcool l'a conduite à réagir avec vigueur aux débordements. La mobilisation de forces de l'ordre lors des «jeudis de la place Sainte-Anne», les interdictions de raves, la réduction des horaires des bars de nuit, tout cela a mobilisé contre elle les milieux teufeurs, noctambules, étudiants et libertaires. Et aussi le maire de Rennes Edmond Hervé, qui prônait les vertus de le prévention et de la pédagogie et avec lequel elle est entrée dans un conflit frontal qui a pris des proportions nationales. Mais «lamèreTape-dur», comme elle a été surnommée, n'a rien lâché. Son exercice préfectoral breton semble avoir également dérangé bien des habitudes de la maison. Passe encore qu'elle entonne le «Bro Goz» dans le grand salon de sa préfecture, avec le choeur d'hommes du Léon. Un hymne régionaliste vernaculaire résonnant sous les lambris dorés du palais de la République, il paraît que ça a choqué plus d'un serviteur de l'Etat. Mais pas au point d'en faire un plat, après tout, c'était une frasque folklorique pour son pot d'adieu... L'affichage de la langue bretonne comme priorité de l'Etat dans la région avait bousculé plus fortement les âmes républicaines. Il est vrai qu'elle avait fait fort, en publiant dans un document stratégique très officiel des dessins de Nono légendés en breton. Jamais un préfet n'avait osé...