30 janvier 2008
Ça va bouchonner, ce matin, sur les grands axes bretons. Les taxis grognent contre la déréglementation de leur profession, préconisée par le rapport Attali.Attila, Jacques Attali ? Ce sont les taxis qui, les premiers, donnent le ton sur la façon dont pourrait être accueillie la mise en oeuvre des 316 propositions iconoclastes de la commission.
Le numerus clausus protège la profession
Proposer d'accorder des licences de taxi pour « vider les listes d'attente » à Paris et en province, afin de développer l'offre pour l'usager, pousse les taxis à bout. Le numerus clausus actuel, pour chaque ville et chaque département, protège une profession qui refuse toute déréglementation. « Si Attali est suivi, nos licences valent zéro et sont invendables. Que l'on ait créé ou acheté sa licence », lance le Morbihannais Yves Pothier, aux 80 artisans réunis lundi soir à Vannes. L'ouverture de la profession et sa déréglementation mettrait fin à cette rente que l'artisan taxi entend défendre bec et ongle.
Détaxe gazole en baisse
« Nous serons tous ruinés. Attali n'a pas compris la spécificité de la province, ni qu'on était dans une économie de proximité » renchérit le Parisien Alain Estival, président de la fédération nationale des artisans taxi, par conférence téléphonique. Rigides les taxis dans la défense de leur pré-carré ? « Nous ne sommes ni complètement fermés, ni contre l'augmentation du nombre de taxis. Nous sommes contre une augmentation faite de manière irrationnelle. » La preuve, selon le leader : mille taxis en plus en quatre ans à Paris. Et bientôt, 500 autres supplémentaires. Selon le leader du principal syndicat national, « la déréglementation pourrait créer, tout au plus, quelques milliers d'emplois au prix d'une déstabilisation de toute la profession ».
Députés UMP tétanisés
Comble de malchance pour les gouvernants, les préconisations d'Attali tombent au moment où le manque à gagner pour la profession se fait sentir. La détaxe gazole, qui existe depuis belle lurette, va être fortement réduite en 2008. Montrée du doigt par Bruxelles, qui juge cette détaxe trop importante, elle passe de 2.200 par an et par véhicule, à environ 600 cette année. « Pour beaucoup, cette détaxe qui nous était remboursée, c'était l'équivalent d'un treizième mois. On nous pousse à bout », observe le Quimpérois Jean-Luc Varet, responsable de la fédération des artisans taxis du Finistère.
A l'exemple des pêcheurs, les taxis veulent se montrer et « faire du bruit ». Aujourd'hui, des manifestations sont prévues dans toute la Bretagne. Samedi, les Bretons pourraient remettre les gaz en aidant leurs collègues ligériens à bloquer deux ponts routiers à Nantes.
Avant les municipales, les taxis jouent la carte « politique ». Selon Alain Estival, « le gouvernement est tétanisé avec cette affaire ». Des députés UMP ne cachent pas leur malaise. Comme Michel Grall, député-maire de Carnac, qui a d'ores et déjà promis aux responsables professionnels son refus de voter tout texte qui conduirait à déréglementer la profession.
