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Séisme. Haïti peine à relever la tête [Vidéo+diapo]

30 janvier 2010

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Les engins de déblaiement ont commencé leur oeuvre sinistre mais nécessaire dans la capitale haïtienne où flotte, dans chaque rue, une insoutenable odeur de mort. Les survivants, au milieu des ruines d'un pays à terre, tentent de relever le défi de la vie.

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De notre envoyé spécial à Haïti.
Avec l'énergie du désespoir, maître Noé Morancy, du barreau de Port-au-Prince, attaque à coups de pioche, la lourde dalle en béton qui, avant le séisme recouvrait son cabinet. «Il y a des dossiers très importants là-dessous. Des dossiers sensibles», explique cet avocat «militant» spécialiste des affaires sociales et défenseur de militants politiques. Effectivement, l'odeur de la mort est insoutenable. Dans ce secteur de la Grand'Rue, on parle de dizaines de milliers de personnes prises définitivement au piège. Plus loin, une jambe toujours vêtue d'un jean pend d'un balcon. À trois rues de là, c'est un fémur qui dépasse de l'amas de briques écrasées. L'os est à nu.

Pas de pitié pour les pillards

Les engins de déblaiement ont commencé leur macabre manège. Soulevant les corps et les odeurs. Rien n'y fait. Pas même les masques imbibés de menthol. Sur les ruines, les habitants tentent de récupérer ce qu'ils peuvent. Sous l'oeil des soldats américains lourdement armés. Mieux vaut avoir affaire aux GI's qu'à la police locale quand on est pillard et qu'on est pris la main dans le sac. C'est ce qui est arrivé jeudi midi à un jeune homme âgé de 20 ans, surpris à chaparder dans les ruines de l'archevêché. Dans ses mains, son maigre butin: trois ou quatre vieux livres. Et autour de lui quatre policiers dont la froideur glaçait le sang. «L'autre jour, ils ont descendu un pillard sous nos yeux. C'est expéditif mais les habitants ne contestent pas», commente un jeune séminariste.

La crainte des épidémies

Plus de justice donc, et plus de prison pour y enfermer les délinquants. Elle a été éventrée par le tremblement de terre, libérant des centaines de détenus dans les rues de la ville. Ceux qui, désormais, osent se servir sur les ruines, ont de grandes chances de finir dans les fosses communes où ont été jetés les corps de leurs victimes posthumes. Place du Champ-de-Mars. Des soldats français sécurisent un chantier de nettoyage de la rue. «Il faut absolument qu'on vienne à bout de tous les détritus qui jonchent le sol», explique le caporal-chef Hafid El-Haddef. Si demain il pleut, des immondices vont pourrir. Un sacré bouillon de culture pour les épidémies. Pour l'heure, le ciel tient bon. Aucun nuage ne vient voiler cet insolent soleil. Mais une seule pluie tropicale suffirait pour que la situation sanitaire devienne ingérable.

Les soldats français et américains bien vus

Autour du jeune militaire, ses collègues parlent avec des habitants. «On est bien vu ici. Nous sommes 300 sur le secteur. Beaucoup d'entre nous viennent de la Martinique. Ils parlent le créole. Ça facilite les choses.» Avec les Américains aussi le courant semble bien passer. «Moi j'ai été embauché pour travailler avec eux à déblayer les ruines explique un Haïtien, en anglais. J'ai vécu assez longtemps en Floride. Je suis content d'être à leurs côtés.» Nombreux sont ceux qui partagent cet avis. La diaspora haïtienne aux Etats-Unis n'y est pas étrangère. Plus haut, scène irréaliste: une armée de balayeurs masqués nettoie scrupuleusement l'asphalte. Formant des petits tas de poussières aux pieds des immeubles écroulés. «Je ne comprends pas, commente un étudiant dépité. C'est quoi cette notion de l'urgence? Ces gens-là ne seraient-ils pas utiles à déblayer les gravats? On marche sur la tête.»

  • Didier Déniel

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