31 octobre 2010
La Route du Rhum, cela vous évoque des souvenirs particuliers?
C'est d'abord un parfum de nostalgie avec les grésillements de la radio d'avant la FM quand il fallait attendre 22h30 pour écouter Gérard Fusil et Gilles Rabine faire vivre la course sur Europe1. Quand on avait la chance de suivre le départ et qu'on avait quitté les marins au large de Bréhat à la nuit tombante en les laissant s'enfoncer dans la brumasse alors qu'on rentrait au chaud, on les retrouvait avec émotion sur les ondes. Il y avait un réel esprit d'aventure. Pour moi, c'était un peu ?Les marins parlent aux Français...?
En 1982, Le Télégramme a participé à cette aventure en aidant un jeune marin, Yves Le Cornec, à courir la Route du Rhum. Y a-t-il un lien entre cette opération et le rachat bien plus tard (2004) de cet événement?
En 1982, on avait vécu la course d'Yves avec passion. La Route du Rhum est un peu le fil rouge de notre engagement. Celui-ci est assez naturel compte tenu de l'ancrage, de la proximité avec le monde de la voile et de la mer d'une manière générale. Quand l'opportunité de racheter cette course s'est présentée, c'est clair que nous étions déjà en terrain connu.
Était-ce un coup de coeur ou une opportunité économique?
C'était d'abord un coup de coeur mais nous n'aurions pas saisi cette opportunité s'il n'y avait pas eu une logique économique. C'en est une parce que c'est un mode de diversification. La Route du Rhum est une des plus importantes manifestations de la Bretagne. Cela avait du sens. Notre motivation tient aussi au fait que cet événement fait travailler et se rencontrer de nombreuses entreprises régionales et nationales. Pour les PME, sponsors des bateaux, c'est une vitrine pour mettre en avant leur marque et inviter des clients.
Cela entre dans une stratégie de diversification des activités du quotidien mais, dans une période de crise qui affecte aussi la course au large, est-ce rentable?
Aujourd'hui, c'est une activité rentable mais qui demeure fragile. Si la Route du Rhum est viable, d'autres courses ne le sont pas forcément. Il y a une équation qui n'est pas facile à trouver. Il faut créer un spectacle attrayant pour le public. Et, à partir du moment où celui-ci est au rendez-vous, cela permet d'attirer des partenaires. Grâce à ceux-ci, la Route du Rhum - La Banque Postale est une fête gratuite pour le public.
Quel est votre regard sur l'évolution de la course au large?
On s'aperçoit que ce sont les grands événements qui marchent bien et sont pérennes. En revanche, il est difficile de lancer de nouveaux événements, d'autant que le calendrier commence à être très encombré. Les événements phares ont un bel avenir devant eux, pourvu qu'on puisse combiner intérêt sportif et des skippers, spectacle médiatique, aventure et maîtrise des coûts. Il est difficile d'imposer de nouveaux concepts, c'est ce qu'essaie de faire Pen Duick avec le projet de Brest Ultime Challenge, course autour du monde en solitaire en maxi-multicoque. Il est par ailleurs important de faciliter l'accès à la course au large aux jeunes coureurs et aux sponsors PME, disposant d'un budget modeste.
La Route du Rhum - La Banque Postale a renoué avec le gigantisme en rouvrant ses portes aux grands multicoques, les Ultimes. Votre regard sur cette option?
C'était intéressant d'accueillir à nouveaux ces bateaux qui participent de la légende de cette course. On espère que cela va intéresser le public sans étouffer les autres classes. Le rôle des médias sera déterminant. Paradoxalement, ces grands multis ne sont pas beaucoup plus chers que les trimarans Orma d'il y a quelques années. Mais avec ces grands multicoques, qui permettent d'aller tourner autour du monde, le retour sur investissement et les retombées en communication sont importants. On espère que cette classe de bateaux séduira de nouveaux investisseurs.
Vous êtes un observateur passionné de la course océanique, avez-vous des pronostics pour cette édition?
Non, c'est trop risqué. Ces dernières années, les pronostics ont souvent été déjoués. J'admire tous les marins qui vont s'élancer. Beaucoup méritent la victoire mais il n'y aura qu'un seul élu par série. À tous, je souhaite bon vent !
Afin de conforter son indépendance le Groupe Télégramme a développé de nouvelles activités. Après le rachat simultané de la société Pen Duick et de la Route du Rhum en 2004, l'année suivante, il a intégré à ce pôle la société Match Racing, organisatrice de deux transats en Figaro.
Avec les sociétés Rivacom (relations presse et évènementiel) et Bleu Iroise - Sea Events (production audiovisuelle) et une participation dans «Course au Large», cela constitue un pôle nautique cohérent et efficace. Une nouvelle pierre a été récemment ajoutée à l'édifice en devenant l'éditeur de Mer et Marine, site de référence des professionnels de la mer et des activités de Défense.
Ce pôle nautique complète les pôles emploi et PME (Régions Job, Le Journal des Entreprises, NetPME.fr, Virage Conseil) et communication publicitaire (Viamedia, Studio T), activités positionnées sur l'ensemble du territoire français, pour proposer aux entreprises des services ciblés et des opérations de communication globales. Ces activités représentent un tiers du chiffre d'affaires du Groupe Télégramme.