Point de vue. Strauss-Kahn : le vertige suicidaire
D'un statut de présumé innocent, Dominique Strauss-Kahn est devenu quasi coupable en l'espace de 24heures sous l'oeil implacable des médias du monde entier. Ce qui nous choque. Résultat de l'impact des images passées en boucle, visage sombre et fatigué, mains derrière le dos que l'on devine menottées.
Puis d'une décision du juge de le maintenir en détention malgré l'offre d'une importante caution avant une nouvelle audition vendredi. Enfin, de la révélation des tests médicaux corroborant la version de la plaignante restée, elle, dans l'ombre, protégée par la justice. Entre «Les experts» et «Lebûcher des vanités», le célèbre roman de Tom Wolfe, une série américaine avec de redoutables enchaînements s'est mise en place sous les yeux d'une classe politique française tétanisée. Comme si les règles qu'elle observait jusqu'alors, respect de la vie privée des élites et complaisance latine à l'égard de la gaudriole, avaient volé en éclats sous le poids de la mondialisation et du puritanisme anglo-saxon. Car aux États-Unis, on ne plaisante pas avec la loi, indispensable cadre pour contenir les pulsions de ces grands névrosés que sont les Américains et qui font tout plus grand ou plus fort que les autres (le business, les films, la guerre...). Ces grands enfants nous font-ils payer l'affaire Polanski qui vit le cinéaste se réfugier en Europe pour fuir la justice de son pays? La France, dubitative, s'interroge sur cette brutalité à l'égard d'un homme naguère puissant et respecté. Au seuil de la prison, DSK, lui, n'a déjà plus d'échappatoire. Trop d'imprudences, trop de répétitions dans les comportements à risques, trop d'actes manqués, disent les psychanalystes. Un peu comme si l'homme était privé de ce surmoi qui fixe l'interdit, la morale dont on dit que les hommes politiques n'en ont pas. Et surtout, comme si DSK ne voulait pas du pouvoir que tous, sa famille, ses amis politiques, désiraient pour lui, pour eux. Comme si ce brillant joueur d'échecs s'était mis lui-même en échec. Cette tragédie, qui fait immanquablement penser à une démarche suicidaire, force à s'interroger sur l'ambivalence d'un homme, sa psychologie complexe, ses souffrances et ses jouissances mortifères. Un feuilleton qui ne fait que commencer où l'idéologie n'est plus que le paravent des passions humaines.
4 réactions
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Bambou2
D?une intrigue passionnante on passerait à une affaire sordid
S?il plaide un rapport consenti. Si c?est là sa ligne de défense, comment le croire vu le précédent de Tristane Banon ?
« Un rapport consenti » dirait la défense de DSK ? Si c?est vrai ou pire, quel balourd ! Quel malade ! Je l?aurais cru plus intelligent, or s?il choisit cette ligne de défense il démontrerait que ce sont ses pulsions qui le commandent. Dans un tel cas cette affaire serait trop nulle ! Une banale histoire d?obsédé sexuel, et pas une question de complot ni de « vertige suicidaire ». On l?aurait échappé belle, imaginons un Berlusconi de la pire espèce à l?Elysée ?
De toute façon DSK s?en sortira car il a les moyens de se payer les meilleurs avocats. Même s?il est reconnu qu?il y ait eu rapport consenti et qu?il soit relaxé, et bien je lui souhaiterais d?aller au diable, car ce n?est pas du tout la même chose de faire appel à une professionnelle du sexe et de solliciter une femme de chambre. Quel mépris ce serait de la part d?un « socialiste » envers une modeste employée d?hôtel ! Le seul fait de solliciter une subordonnée ou une personne de service pour une prestation de cette nature, c?est bel et bien du harcèlement sexuel et surement pas de la drague ni de la séduction. Si bien sûre il plaide le rapport consenti
Ajouté le 18 mai 2011 Ã 12h03
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Bambou2
Passionnant
Oui cette affaire est passionnante pour toutes les raisons évoqués ici, et ailleurs... la réalité dépasse sans doute la fiction
Mais tout latin que nous soyons, nous mesurons quand même la distance qu'il y a entre la gaudriole et le crime. Dans le cas présent (tentative de viol avec séquestration), si les faits sont avérés, en France ils seraient passibles des Assises non ?
Pour ma part j'ai bien du mal à croire à la version suicidaire.
Ajouté le 17 mai 2011 Ã 13h48
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melo87
Passionnant.
Chaque pays a sa façon de juger ou traiter des affaires et de fait,cela semble incompréhensible,pour un pays,comme la France,de voir comment les USA abordent des faits criminels autrement que par des feuilletons d'experts,qui abreuvent nos télés.Lesquels,"experts a Manhattan" auraient tôt fait de tirer l'affaire DSK au clair en moins de soixante minutes chrono.Mais nous ne sommes pas au cinéma et le festival de Khan est loin de décerner sa palme du jugement.C'est dire que le célèbre inculpé,avant d'être reconnu innocent,n'est pas prêt de rentrer triomphant dans son pays pour jouer le premier rôle aux présidentielles.Par contre,dans le cas contraire,si faute de "suicide" il s'est tiré une balle dans le pied par une bévue de bas instincts, adieu la présidence et le reste.Voila donc un grand feuilleton ,non prévu dans la Campagne, qui commence et s'annonce politiquement et humainement passionnant,a suivre par les français de tous bords,sans parler bien sur,par toute la classe politique.
Ajouté le 17 mai 2011 Ã 09h48
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BLL
Arrogance
"ces grands névrosés", "Ces grands enfants ", on retrouve bien là l'arrogance française.
Ajouté le 17 mai 2011 Ã 06h51
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