23 janvier 2011
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«L'Hyperium est un antihypertenseur particulièrement efficace...». Une quinzaine d'années après son très bref passage chez un des fleurons de l'industrie pharmaceutique française, Juliette n'a pas oublié un mot des argumentaires que ses patrons lui demandaient, à elle et à tous les visiteurs médicaux du groupe, d'apprendre «par coeur». Juliette (prénom fictif, à sa demande) est entrée chez Servier dans les années 1990. Juste après avoir franchi, avec succès, la «terrible» étape de l'enquête de personnalité, généralement menée par d'anciens des services secrets. Jusqu'à la fin des années 1990, ces «barbouzes» étaient chargées de débusquer les «candidats gauchistes», contestataires ou syndiqués (Servier a été épinglé pour cela en 1999, comme l'a révélé Le Canard Enchaîné).
«C'était quasi militaire»
Après son embauche, Juliette a bénéficié d'une formation: dix semaines «intensives», «sans temps morts». «La formation Servier, c'était quasi militaire, se souvient-elle. Il fallait tout connaître, tout réciter à la virgule près. On était filmé et contrôlé quotidiennement». Après ces dix semaines, dans une voiture flambant neuve, elle arrive dans la région d'une grande ville bretonne. Dans son cartable, les médicaments du groupe, dont le Mediator. «On ne m'a jamais demandé de le ?vendre? comme un coupe-faim. Il fallait s'en tenir au discours maison: c'était un adjuvant pour diabétiques en surcharge pondérale», se rappelle-t-elle. Son prédécesseur n'avait visiblement pas retenu la leçon. «Il le présentait comme un médicament contre la prise de poids. Il était très persuasif et s'investissait beaucoup dans les relations avec les médecins», glisse-t-elle avec un sourire. Selon elle, le Mediator s'est vendu «comme des petits pains» dans cette région de Bretagne(*). «C'était connu chez Servier. Il y avait ici, Bordeaux et Aix-en-Provence. Ces villes étaient littéralement arrosées».
Le «style» et «la méthode» Servier
Mais au bout de quelques semaines, Juliette décroche. «Impossible» d'entrer «dans le moule Servier»: «La jupe et le carré Hermès de rigueur, le discours à réciter par coeur, l'absence de marge de manoeuvre... Je n'en pouvais plus». Elle ne se sent pas plus en phase avec les méthodes du groupe: «C'était presque du matraquage. Il fallait toujours en remettre une couche. On noyait les médecins sous un flot d'arguments. Beaucoup s'y perdaient...». Même les produits qu'on lui demande de promouvoir ne la convainquent guère. «Pour certains, je voyais bien que les études en interne n'étaient pas fiables», assure-t-elle aujourd'hui. Nous avons aussi interrogé un ancien responsable régional, aujourd'hui cadre dans un autre grand laboratoire. Sa réponse a été brève: «Vous savez, c'est loin tout ça. Je ne me rappelle plus de cette époque».
* La Caisse nationale d'assurance-maladie a été dans l'incapacité de nous donner des statistiques régionales ou locales sur les ventes et prescriptions de Mediator.