17 juillet 2008
La partie est loin d'être gagnée. La goélette majorquine Tho Pa Ga (47 m) a coulé il y a huit jours par 115 m de fond au large de Penmarc'h. Ses propriétaires lancent un appel pour la renflouer. Mais le temps et les courants jouent contre eux.Ils ne pensent qu'à ça, dorment peu et en parlent inlassablement depuis leur sauvetage, la gorge serrée. Le bateau sur lequel se sont écoulés 35 ans de leur vie de marin a sombré, voiles hautes, sur la route de Brest 2008. Ils se doutent que l'opération sera onéreuse et très compliquée. Mais ils veulent au moins aller voir dans quel état elle se trouve.
Elle est posée depuis dix jours sur le plateau continental, dans le sud-ouest de l'île de Sein, à plus de 100 m de profondeur dans une zone balayée par les courants de la pointe bretonne. La goélette de 47 m a coulé voiles hautes, épargnant ses deux propriétaires et les sept hommes d'équipage hélitreuillés de leur radeau de survie. « Nous avons heurté quelque chose sur l'avant, il faisait nuit noire, le bateau filait à neuf noeuds, à 60 degrés du vent ».
La mer avait été dure toute la journée mais commençait à se calmer. Le bateau filait vers Brest. « Il a fallu réveiller tout le monde et grimper aussitôt dans le radeau de survie. Les voiles s'enfonçant lentement dans l'eau, on a coupé le bout qui nous reliait à elle. ».
Comment la goélette s'est-elle posée ? S'est-elle brisée en deux ? Il n'est pas rare qu'un bateau qui coule s'enfonce à plusieurs dizaines de kilomètres heures.
« Nous sommes persuadés qu'elle est retombée plutôt lentement, avec ses mâts et les voiles à postes qui ont dû freiner sa chute ».
Mais comment a-t-elle résisté à la pression à cette profondeur ? On se souvient des importantes déformations sur la coque métallique du chalutier Bugaled-Breizh posé moins profondément. Que restera-t-il de l'intérieur du navire, un vrai musée selon Gérald Delgado ? Du gréement refait de ses propres mains par son propriétaire. Le navire de 1924 était sur le point de devenir monument historique espagnol.
Entre 250 et 300 tonnes à remonter
La goélette à passagers ressemble à la Belle-Poule ou à l'Etoile. Son gabarit est similaire. Le poids de ce voilier de transport est estimé entre 250 et 300 tonnes, soit approximativement celui d'un chalutier breton de 25 m. On se souvient de la complexité de l'opération de renflouage du Bugaled (qui a coûté près de 4 M), du dispositif qui avait demandé de longues semaines de préparation.
Qui peut concrètement leur venir en aide ? L'Etat par l'intermédiaire de la Marine qui dispose des chasseurs de mines pour relocaliser le voilier et des équipements sous-marins pour aller filmer à cette profondeur.
Mais les plongeurs ne pourront pas travailler aussi bas, même au mélange. Il faudra mener les opérations à l'aide d'un appareil commandé de la surface ou d'un sous-marin miniature. Du côté des spécialistes, les avis sont partagés. Evidemment, techniquement, l'opération est réalisable. « Mais à quel prix et dans quel délai ? » se demandent les marins de la Royale qui ne croient pas, pour la plupart, en la faisabilité de ce renflouage dans l'urgence. « On pourrait aller voir rapidement mais pour ce qui est de renflouer avant septembre ? ». La perplexité est de mise. Le pire à dire, c'est que, puisqu'il n'y a pas de corps à l'intérieur, il n'y a pas d'impérieuse nécessité à intervenir sur la coque. Les marins militaires ne sont pas à l'aise pour en parler. Ils savent qu'ils disposent des moyens pour engager les recherches mais connaissent les réticences de leur hiérarchie, dans le contexte budgétaire actuel.
Au-delà du financement, la question du temps est encore plus problématique. Les premières dépressions de septembre compliqueront le travail sur zone. Mais comment lancer les opérations dans un délai aussi court ?
Leur Tho Pa Ga est « celui qui écoute avec délice », en langue tibétaine. Ils espèrent que leur appel sera largement entendu.
Pour s'investir à leurs côtés, leur apporter un soutien technique ou effectuer un don, sauvez@tho-pa-ga.com