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France Télécom. L'impasse [vidéo]

17 octobre 2009 - 3 réactions

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Le 25e suicide d'un salarié de France Télécom, jeudi, à Lannion (22), a relancé la crise que la direction espérait avoir calmée, la semaine dernière, en annonçant une série de mesures contre le mal-être dans l'entreprise.

«Plus que jamais, il faut que nous accélérions l'ensemble des mesures», afin de «sortir de cette spirale infernale», avait déclaré, jeudi soir, à Lannion, le P-dg du groupe, Didier Lombard, en déplacement. De fait, le malaise est profond, comme l'a montré, hier, le défilé de Lannion (lire ci-dessous) et les dizaines de rassemblements enregistrés dans toute la France. Le débat, lui, a désormais dépassé les limites de l'entreprise. Le secrétaire d'État à l'Emploi, Laurent Wauquiez, est ainsi intervenu, hier, pour juger «urgent» que France Télécom «se retrousse les manches» et que DidierLombard «aille à la rencontre de ses salariés». La veille, déjà, le ministre Xavier Darcos avait demandé des négociations plus rapides et Nicolas Sarkozy regretté que «certaines entreprises» aient «oublié la qualité des relations sociales».

«Le pire, c'est la perte des valeurs»

Une dégradation confirmée, hier, par le Lannionnais Serge Le Quéau, militant Sud-PTT et membre de l'Observatoire du stress et de la mobilité créée par son syndicat et la CGC: «Les gens n'ont plus de repères hiérarchiques et les repères géographiques sont bousculés par les mutations. Mais le pire, c'est la perte des valeurs. Les techniciens, par exemple, étaient des gens fiers de leur boulot, même s'il était dur. Après une longue journée, ils avaient le sentiment d'avoir accompli quelque chose d'utile. Aujourd'hui, les tâches techniques sont confiées à la sous-traitance, et ceux qui les exécutaient sont transférés dans des services commerciaux. Ils y sont contraints à vendre à tout prix, même des produits dont les gens n'ont pas besoin, et au mépris de l'éthique de service public.» Ce que résume la sociologue Annie Thébaud-Mony: il faut s'attaquer à la «désorganisation du travail, qui altère l'estime de soi des salariés» et leur «redonner» des «marges de manoeuvres» et «une vraie reconnaissance».

102.000 questionnaires distribués lundi

La direction évoque, toutefois, de premiers résultats: «Plusieurs centaines d'appels» au numéro vert mis en place mi-septembre, une quarantaine de DRH de proximité recrutés «sur le terrain» et une plus grande autonomie des managers pour prendre en compte les situations personnelles des salariés en matière d'horaires. Un questionnaire devrait être remis, lundi, aux 102.000 salariés, pour «leur permettre de s'exprimer, de dire ce qu'ils ont vécu». La direction espère qu'un salarié sur deux y répondra. Mais il n'y a pas de miracle à attendre à court terme, souligne le psychiatre Éric Albert, fondateur de l'Institut d'action contre le stress et conseiller technique à France Télécom: «Il y a un énorme travail à faire», qui «est juste entamé et va prendre des semaines», car «faire changer le quotidien de 100.000 personnes, ça prend du temps».

300 silences parlants à Lannion

Hier, à 11h, la famille France-Télécom s'est rassemblée devant le bâtiment où Didier travaillait. Près de 1.300 personnes, autant dire l'intégralité des effectifs France-Télécom de Lannion, étaient présentes. Représentants de la direction compris. Têtes baissées, visages fermés, l'impressionnant cortège s'est recueilli quelques instants avant d'entamer, sur la zone industrielle de Lannion, une marche silencieuse dont l'atmosphère, particulièrement pesante, en disait gros sur le mélange de peine et de colère contenue.

Lombard n'a pas convaincu

«Aujourd'hui, l'heure est au recueillement, mais la mobilisation va reprendre, mardi, sur un ton plus revendicatif», annoncent les syndicats. Qui ne veulent plus «de vagues promesses et d'effets d'annonce», mais exigent, de leur direction, «des actes concrets». En dépit de son engagement, après 25 suicides, à vouloir «accélérer les mesures pour sortir de cette spirale infernale», le P-dg, Didier Lombard, n'a pas convaincu, jeudi soir, lors de sa visite éclair à Lannion. Pire: les salariés ont été choqués de son attitude consistant, disent-ils, à «assurer sa com' auprès des journalistes, en continuant d'ignorer le personnel en souffrance».

«Halte aux méthodes destructrices»

À Lannion, en raison d'un taux de roulement plus faible que sur d'autres sites, la pression pour inciter aux départs est très durement ressentie. Un ingénieur de 53 ans s'était déjà donné la mort, le 30août dernier. «Ça fait deux collègues morts de leur travail en moins de deux mois», résume un salarié, la douleur masquée derrière ses lunettes noires teintées. À ses côtés, trois personnes marchent bras tendu en l'air. Comme une arme silencieuse brandie sous le ciel menaçant. Jean-Philippe Vanot, directeur de l'innovation, a intégré la foule des anonymes. Interrogé, il évoque la nécessité de «créer un nouveau climat de travail, dans la dignité, le respect et la considération des personnes». Il faudra, néanmoins, plus que des mots, pour redonner du baume au coeur meurtri des salariés du groupe qui, jeudi soir, aux cris de «démission, démission», réclamaient, ni plus ni moins, la démission de Didier Lombard. Et avec elle, le renoncement à des méthodes managériales jugées destructrices.

Hier, la totalité du personnelprésent au centre de recouvrement France Télécom du boulevard Charner, à Saint-Brieuc (22), soit près de 50 personnes, a suivi un débrayage à l'appel des syndicats CGT et Sud, en hommage à l'ingénieur du centre de recherches de Lannion qui a mis fin à ses jours jeudi.
  • Valérie Cudennec-Riou

La hiérarchie sous la pression de l'Inspection du Travail

Une enquête «susceptible de conduire à la mise en cause de responsabilités de personnes physiques». Dans une lettre datée du 2octobre et dont Le Télégramme a eu connaissance hier, l'Inspection du travail rappelle les obligations de l'employeur de «protéger la santé physique et mentale» de ses salariés. Elle souligne, surtout, qu'en cas de manquements, ce n'est pas la seule personne morale de l'entreprise qui pourrait être poursuivie, mais aussi, en leur nom propre, certaines personnes physiques. Le courrier indique, par ailleurs, qu'il «semblerait raisonnable de suspendre les réorganisations et restructurations affectant les conditions de travail des personnels».

Note menaçante

Il fait savoir qu'une «mise en demeure» visant à la suspension desdites réorganisations a été demandée à la direction départementale du travail, à laquelle le siège du groupe est rattaché. Et il se termine sur cette note menaçante: «Tout nouveau suicide dont les circonstances permettraient de penser qu'il est en lien avec les conditions de travail au sein de la société pèserait lourdement dans l'appréciation des faits».

Didier Lombard auditionné début novembre à l'Assemblée

Didier Lombard, P-dg de France Télécom, sera auditionné durant «la première semaine de novembre» à l'Assemblée nationale, a annoncé, hier, le président de la commission des Affaires sociales de l'Assemblée, Pierre Méhaignerie (UMP).

Sur le thème de la santé au travail

«Pour répondre à une demande présentée par les membres de la commission appartenant au groupe GDR (PCF et Verts), la future mission d'information», qui portera sur des aspects de la santé au travail consacrera «sa première réunion, la première semaine de novembre, à l'audition de Didier Lombard, P-dg de France Télécom», a expliqué le député d'Ille-et-Vilaine. Les députés PS avaient dénoncé, jeudi, le fait que leurs collègues UMP lancent un groupe de travail sur «la souffrance au travail» alors que leur propre demande d'une mission d'information sur le même thème était sans réponse de la part de Pierre Méhaignerie. Ce dernier s'est défendu en assurant que le bureau de la commission des Affaires sociales a accepté, dès mardi, «le principe de la création d'une mission d'information» tout en estimant «que le champ initial de la demande, la ?santé au travail?, était trop vaste».
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3 réactions

  • Tucroy
    Relativiser
    La politisation des suicides de membres du personnel d'une entreprise, relève d'une instrumentalisation abjecte dont il est pour le moins surprenant qu'elle ne soit pas plus vigoureusement dénoncée. Des chiffres existent, auxquels devraient se reporter tous ceux qui, à quelque titre que ce soit, s'émeuvent, allant, jusqu'à demander la démission du chef de l'entreprise concernée ou à lancer enquête et questionnaires dont ils espèrent absolution ou condamnation, selon le cas. En se gardant de toute interprétation hâtive, ces chiffres et les commentaires dont ils sont assortis, existent. Ceux qui désirent donner son sens réel au drame peuvent en prendre connaissance à l'adresse suivante :http://eco.rue89.com/2009/09/17/est-ce-quon-se-suicide-plus-a-france-telecom-quailleurs
    Ajouté le 17 octobre 2009 à 19h11
  • Jacques87
    un poison que l'on retrouve partout
    Ce qui se passe chez France-Télécom/Orange, est à l'oeuvre dans toute la fonction publique française. La "Nouvelle Gestion Publique" (ou NMP management) sévit depuis au moins 3 ans dans tous les services publics : bureaux de douanes, centres des impôts, éducation nationale, hôpitaux, maisons de retraite, commissariats, palais de justice etc. Ce poison venu des contrées ultra libérales outre atlantique est en train de faire imploser toutes les valeurs qui ont fait le socle républicain et si spécifique de la fonction publique française. Subrepticement, sans que jamais rien ne soit explicité aux fonctionnaires de base, on est passé d'une culture du bien public et de l'intérêt général à une démarche clientéliste. Sans crier gare et en quelques années, les cadres intermédiaires, qui n'en demandaient pas tant, se sont vus bombardés MANAGERS, précipités sans formation et sans arme dans le bain acide de la culture d'entreprise globalisée. Ces quinquas, entrés dans le fonctionnariat dans les années 70, avec le plus souvent, un diplôme universitaire « classique » en droit ou en géographie, ont servi 20 ou 30 ans dans le giron d'une bureaucratie fière de ses valeurs communes « universelles » au service de tous, dans le respect sourcilleux de l'impartialité et de la dignité dans l'exercice de ses fonctions. On leur demande aujourd'hui de se métamorphoser en leaders frais émoulus de HEC sachant magner toutes les techniques de la communication, de la conduite de projet, de la gestion des conflits, et d'accommoder le tout dans une langue « étrangère » mixant le franglais et les termes elliptiques issus des nouvelles technologies. Ainsi la déroute massive de cette mutation chez les cadres de proximité, pousse mêmes certains déboussolés à adopter des comportements de harceleurs et pour la majorité, la mission est impossible. Alors la désagrégation devient inexorable et touche maintenant l'ensemble des services de la base au sommet dans l'indifférence générale et la cécité coupable des décideurs publics. Ce malaise catastrophique tient à la fois à l'absence de clarification des missions, des visions et des valeurs qui sous-tendent l'action des organisations administratives et à l'absence de partage de nouvelles valeurs communes car celles-ci n'ont pas été délibérées mais imposées. Conséquence de tout cela, les agents de base se retrouvent en souffrance grandissante, toutes les solidarités interpersonnelles des collectifs de travail volent en éclat ; chacun cherche désormais un sens à son travail qui n'est plus évalué d'ailleurs qu'au travers de chiffres d'indicateurs totalement abscons et définis au sommet sans aucune justification. Le sentiment douloureux de la perte de l'estime de soi et de l'assurance d'un travail digne qui s'empare des fonctionnaires français dans toutes les administrations et tous les corps, pourrait bien à terme miner irréversiblement les fondements démocratiques de l'État français. Jacques CEAUX Douanier (militant Solidaires Douanes)
    Ajouté le 17 octobre 2009 à 10h52
  • gaud...
    pas que france télécom
    toutes les entreprises privilégies les profits a l'humain , mise en concurrence entre les employés , menace de sanction en cas de baisse de production ou de chiffre d'affaire , manque de visibilité a long terme , mise au placard , harcèlement , et oui il faut toujours plus avec moins de salariés , moi même il y a quelques années dans le commerce un de mes collègue s'est donné la mort , il avait été convoqué pour une baisse de son chiffre d'affaire , chez france télécom orange c'est pareil , chez les intérimaires on ne les rappelle pas si ils ou elles ne se plie pas aux règles de production intensive exigées , voir les entreprises de fabrication de voitures et l'agroalimentaire , c'est tout cela qu'il faut revoir on ne se donne pas la mort par plaisir
    Ajouté le 17 octobre 2009 à 12h26

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