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Algues vertes. L'incessant combat

22 juin 2009 - 8 réactions

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Un débat public est organisé, demain à Brest, dans le cadre du Grenelle de la mer. Parmi les sujets qui seront abordés, celui des algues vertes est certainement le plus sensible.



Les algues vertes ont, cette année encore, envahi massivement les côtes bretonnes dès le printemps. En finira-t-on un jour avec ce fléau? Pas tant qu'on ne réduira pas significativement l'apport en nitrate, affirme Alain Menesguen, directeur de recherche à l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer).

Quelle est l'origine des algues vertes?
C'est une composante naturelle du milieu marin, gourmande en azote. Il y avait plusieurs espèces qui limitaient leur croissance à des niveaux acceptables dans des sites très restreints, jusqu'en 1960. Puis les marées vertes sont apparues. En 30 ans, entre1960 et1990, les apports d'azote ont été multipliés par dix en Bretagne. On leur a fourni leur aliment fétiche plus qu'elles ne peuvent en absorber.

D'où vient cet azote?
Très massivement, des nitrates produits par l'agriculture intensive. Il y a 20 ans, on pensait que le phosphore était à l'origine des algues vertes. On a démontré que c'était faux. De toute façon, les stations d'épuration sont aujourd'hui performantes et les rejets très faibles.

Pourquoi les algues se concentrent-elles dans les baies?
Il ne suffit pas de donner de l'azote aux algues pour qu'elles poussent. Il faut qu'elles résident suffisamment longtemps à un endroit. Il y a ainsi des lieux où existent des marées importantes mais où l'eau ne s'écoule pas vite. C'est le cas de la baie de Saint-Efflam, à Saint-Michel-en-Grève (22) où l'eau est piégée dans une sorte de bol invisible. À l'inverse, la rade de Brest, même si elle paraît fermée, ne développe pas d'algues vertes car le brassage de l'eau est important. Enfin, il faut que le site soit peu profond car l'algue coule vite et a besoin de lumière. À 20m de profondeur, elle ne se développe pas.

Va-t-on vers une atténuation du phénomène?
En fonction des aléas climatiques, le phénomène est plus ou moins fort et plus ou moins précoce. 2007 et 2008 ont été des années à marées vertes énormes mais elles sont arrivées tardivement, en septembre-octobre, après un été pluvieux.

Comment les éradiquer?
Depuis les années 90, on a stoppé l'augmentation des apports de nitrate d'origine agricole. Les programmes Bretagne eau pure et autres ont permis de réduire les fuites par la couverture des sols l'hiver, par des pratiques de bonne fertilisation, les bandes enherbées près des cours d'eau... mais cela n'est pas suffisant. Nous en étions à une moyenne de38mg/l à la fin des années90. Nous en sommes toujours à33mg/l, soit encore dix fois plus que ce que produit le couvert végétal naturel. En 20ans, les teneurs en nitrates ont très peu baissé en Bretagne. Sans réduction massive et significative des apports en azote, nous ne supprimerons pas le problème.

Réduire massivement l'apport en azote, c'est-à-dire?
Dans les endroits très confinants, là où on trouve les plus grosses marées vertes, comme à Saint-Efflam, si on ne descend pas le taux de nitrates en dessous des 10mg/l, on ne verra rien. À 5mg/l, les marées vertes disparaîtront. On en est loin aujourd'hui.

L'arrêt sera-t-il immédiat?
Les bassins versants de nature schisteuse, où tout va dans les rivières, peuvent réagir dans les un à deux ans. En revanche, dans les bassins au sol granitique, où les nitrates sont stockés dans les nappes phréatiques, il faudra plus de temps. Car les débits et concentrations en nitrates sont constants, quelles que soient les précipitations.

Eau et rivières : «Utiliser les 600 M??? de la Pac»

«On sait maintenant de façon scientifique qu'il faudra réduire les flux d'azote de 30 à 60% si on veut stopper les marées vertes. Le futur schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux Loire-Bretagne (1) prévoit ainsi un effort minimum de 30% sur les huit bassins-versants les plus critiques. Le problème est que dans les zones d'excédents structurels, l'??tat permet des restructurations qui conduisent à concentrer des élevages dans les zones les plus saturées. Un producteur de porcs peut acheter un élevage de volailles vide et le droit à produire qui va avec... Il faut donc une réglementation plus stricte mais aussi de l'argent public, pour aider les exploitants à s'adapter aux nouvelles pratiques. Il faut que les 600M??? de la politique agricole commune (Pac) servent à contrer l'évolution des marées vertes. Sinon, il n'y aura pas de résultat. L'enjeu est là: stopper un phénomène qui s'aggrave, touchant de 80 à 100 sites (2), chaque année et, désormais, des zones de vasières, engendrant également des problèmes sanitaires via la pollution de l'air. La mort de deux chiens, l'été dernier à Hillion(22), en témoigne».

1. 3,3milliards d'euros de fin 2009 à fin 2015, pour reconquérir le bon état écologique de l'eau, dont un volet consacré aux algues vertes. 2. 3.000ha cumulés dont une pointe à 9.000ha, en juillet dernier, selon le Centre de valorisation des algues de Pleubian(22).

Michel Guillemot : «Combien de temps va-t-on payer?»

«Il n'y en a jamais eu autant», tempête André Ollivro, figure emblématique de Halte aux marées vertes, l'association d'Hillion (22), à la pointe de la lutte contre les algues vertes depuis dix ans, dans la baie de Saint-Brieuc. «Les algues sont nombreuses et déjà en décomposition depuis mai; d'habitude c'est juillet. Ce n'est pas étonnant car le préfet a autorisé les épandages à partir du 15janvier. Cela ne fait qu'accélérer le processus». Bref, André Ollivro n'est pas près de baisser la garde: «Tant qu'on n'imposera pas de mesures agro-environnementales dans les bassins-versants cela ne servira à rien». Et d'espérer que le jugement d'octobre2007, du tribunal de Rennes, qui a déclaré l'??tat responsable des marées vertes sera confirmé en appel: «Il faut que ça fasse jurisprudence et qu'on se décide enfin à prendre les mesures pour descendre le taux de nitrate autour des 10mg/l. Mais tant que l'??tat accordera des dérogations pour les extensions d'exploitations et de plans d'épandage, on n'avancera pas». «Combien de temps le contribuable et le consommateur vont-ils continuer à payer pour ce désastre écologique, économique et sanitaire?», s'interroge, quant à lui, Michel Guillemot, président de l'association. «Le pire, c'est qu'on sollicite les élus, le préfet pour qu'ils viennent voir sur place, depuis des années. Ce serait une marée noire, ils seraient là dans les cinq minutes».

Un éleveur de porcs : «On a fait beaucoup d'efforts»

«Si tous les cantons étaient dans notre cas, on serait dans les clous au niveau de la résorption des excédents d'azote», affirme Jean-Pierre Grouazel. Cela fait sept ans que l'éleveur de porcs travaille activement au sein du comité professionnel agricole (CPA) du bassin-versant de Matignon (22) qui se déverse dans la baie de La Fresnaye, siège de marées vertes. En lien avec la chambre d'agriculture et la communauté de communes, ce CPA, composé d'une quarantaine d'exploitants, mène des actions de sensibilisation auprès des agriculteurs du bassin: couvert sous maïs pour piéger les nitrates, bandes enherbées et couverts végétaux hivernaux, «avant qu'ils soient obligatoires». «Tous les collègues ont pris conscience qu'il y a eu des abus et qu'il faut reconquérir la qualité de l'eau», confie Jean-Pierre, qui n'a pas attendu les comités de bassin pour agir. «Dans notre groupement agricole d'exploitation en commun (Gaec), on avait déjà une station de traitement du lisier en 1994. Aujourd'hui, on mesure précisément nos reliquats d'azote dans le sol à la sortie de l'hiver, afin d'adapter le plan de fumure aux réels besoins de la plante. De ce fait, on est à moins de 140 unités d'azote à l'hectare. On a aussi planté deux kilomètres de haies bocagères... Il reste encore à faire mais je pense qu'on a fait beaucoup d'efforts. Encore faudrait-il qu'ils soient reconnus par la population et les pouvoirs publics. Quant à nous, on s'occupe de convaincre les 2 à 3% de confrères récalcitrants».
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8 réactions

  • dan
    "déjections"
    les déjections de vos cochons correspondent à .... 3 MILLIONS d'habitants!!!! la "baie des cochons" ; ça fait 30 ans qu'on l'appelle ainsi! des progrès???? si peu: chaque année ; les saloperies reviennent! 10 milliards d'euros d'argent public vont à l'agriculture française.... allez donc voir sur internet qui en profite...
    Ajouté le 22 juin 2009 à 19h50
  • duve...
    Yvon 29410
    Yvon, je vous rassure, nous ne découvrons pas les stations d'épuration ! Il y a bien longtemps que les communes sont tenues de respecter les règles d'assainissement et matière d'urbanisme il n'est pas possible de rejeter ses eaux usées sans respecter l'environnement. Je parle pour un ménage, pour un lotissement mais les éleveurs qui possèdent 5000 porcs ou un élevage de volailles et qui se permettent de rejeter les lisiers sur des champs, sans se soucier des désagréments et des conséquences que cela génère. Un élevage de 5000 porc est a l'évidence aussi important en matière d'environnement qu une commune de 7000 habitants. Ce n'est pas parce que quelques communes ont connu par le passé des difficultés en matière d'épuration que cela doit excuser les erreurs commises, sciemment, par de nombreux éleveurs sur ces cinquante dernières années. La moindre des choses serait de réparer ces dégâts pour laisser une terre propre à nos enfants et espérer retrouver les touristes que vous avec chassés.
    Ajouté le 22 juin 2009 à 15h28
  • yvon29410
    algues verte
    Quand l'on parle de l'agriculture au moins on ne parle pas des villes!!! Où est ce que que vous croyez que va vos déjections quand vous allez aux toilettes? Commet ce passe le traitement de celles ci? Qui en récupère les substrat? La france est sur le point de prendre une amende du fait des nombreuse station d'épuration qui ne sont pas aux normes ( environ 400 millions EUR). C'est plus faile de vouloir faire payer en totalité cette image de polleur à l'agriculteur qui est toujours en minorité. Pour celui qui ne sait pas, le problème des algues verte vient du rapport phosphore/azote. Phosphore en provenance des villes et azote en provenance de l'agriculture. Le phosphore favorise la multiplication des algues et l'azote sa croissance. Il y a eu des abus dans le passé en agriculture, on en est conscient et c'est pourquoi on nous imposse des règle : capacité de stockage des lisier et fumiers, date d'épandage, quantité limité à l'épandage, station de traitement, limitation des effectifs animaux.... Avec la mise en place du SPANC, cela va peut etre faire réfléchir certain sur le devenir de leurs déjections.
    Ajouté le 22 juin 2009 à 14h44
  • alai...
    Danger des algues vertes : lettre aux communes littorales
    Le 13 novembre 2008, suite à la parution d'articles de presse, nous vous informions que les marées vertes pouvaient provoquer des intoxications graves et même entraîner la mort. Nous demandions à votre conseil municipal de ne pas rendre des avis favorables trop fréquents ou contestables aux extensions d'élevage sur votre commune ou les communes avoisinantes. En cas d'intoxication liée à ce phénomène sur le territoire de votre commune, votre responsabilité pourrait être engagée, car vous n'auriez pas pris les mesures appropriées... En effet, les services préfectoraux des Côtes d'Armor ont ouvertement déclaré en 2008 "les algues vertes sont un problème d'insalubrité publique qui relève des pouvoirs de police des maires". Vendredi 10 avril, le reportage sur Thalassa "Alerte verte sur la plage !" a placé à nouveau le sujet sur la place publique en montrant les dangers que représentent les algues vertes qui envahissent nos plages au printemps et durant la période estivale. La presse des Côtes-d'Armor et le site Internet de Thalassa ont reçu de nombreuses réactions de téléspectateurs et d'élus locaux protestant contre la mauvaise image donnée par l'émission à leurs territoires. "Casser le thermomètre" ou "faire la politique de l'autruche", n'est pas, à notre avis, la bonne réaction à la situation. Aussi, suite à ce reportage, sans renier notre demande exprimée le 13 novembre dernier, nous vous demandons, aujourd'hui 22 avril "Journée Mondiale de la Terre", de suivre l'exemple du conseil municipal de Lannilis qui, le 11 décembre dernier, a décidé de "de ne plus se prononcer sur les projets individuels d'évolution des élevages soumis à autorisation" et a demandé au préfet du Finistère "d'émettre un avis défavorable à tout projet de restructuration" (article Le Télégramme - Lannilis du 17 décembre 2008). Copie : Préfectures et Sous-préfectures du Finistère et des Côtes-d'Armor Conseil régional de Bretagne Conseils généraux du Finistère et des Côtes-d'Armor Associations des maires du Finistère et des Côtes-d'Armor Agir pour l'Environnement et un Développement Durable (A.E.2.D) Site : http://www.ae2d.infini.fr - Courriel : ae2d.29@gmail.com
    Ajouté le 22 juin 2009 à 13h29
  • geli...
    Locmiquelic (56)
    Dans la rade du GELIN/ NORMANDZ et BIGOT il n'y a pas de cultivateurs puisque c'est une presqu'ile et pourtant les algues vertes sont présentes toute l'année Il n'y a donc pas que les cultivateurs d'ailleurs il n'y a pas non plus de ferme sur la commune ( 1 ou 2 je crois) Par contre je constate que les écoulements d'eau canalisées en bordure de mer font que des algues vertes sont présentent .Je constate que les sorties directes des eaux usées de maisons créeent aussi une zone d'algues vertes Il doit donc avoir des produits ménégers, en vente libre, qui font vivre les algues vertes. Alors faisont (aussi) supprimer la vente libre ces produits Merci
    Ajouté le 22 juin 2009 à 10h14
  • robe...
    ALGUES VERTES
    Bonjour, Les riverains, pourtant loin des baies, souffrent des odeurs de putréfaction des algues vertes. Les touristes, représentant une activité économique indispensable pour notre Région, se plaignent également. Nous savons trouver des solutions pour réduire les émissions de CO2, r réduire les accidents de la route... il n'est pas pensable d'attendre les décisions coercitives éventuelles des pouvoirs publics pour agir efficacement. R.L.DUBUIS
    Ajouté le 22 juin 2009 à 10h14
  • breton56
    Les causes et conséquences
    Le lobbyisme agricole breton devrait se mettre en cause ,car l'image de la côte nord de la Bretagne est désastreuse Il serait temps que les préfets interdisent la construction de nouveaux ateliers porchers. La surproduction est trop importante en région Bretagne.
    Ajouté le 22 juin 2009 à 09h50
  • duve...
    nos paysans
    Bonjour, Revoilà nos Paysans. Cette fois on ne parle plus du prix du lait mais de la blessure que la Bretagne n'est pas prête à voir se cicatriser ! J'aimerais entendre ceux qui déversaient des immondices sur nos routes, qui brûlaient nos ronds points, bloquaient nos routes. J'ai envie de vous dires que nos plages, nos côtes, que vous avez défigurées, au nom de quoi les avez-vous souillées, recouvertes d algues vertes ? Au nom du profit, de la rentabilité exactement ce que vous reprochez aux transformateurs et aux grandes surfaces. Alors je veux bien écouter vos doléances sur le prix du lait, avant il faudra que vous nous expliquiez ce que vous comptez faire pour remettre nos côtes en état. Sachez que d'autres éleveurs de porcs, en Europe à côté de chez nous, on des rendements identiques voir supérieurs aux vôtres mais ils ont respecté l'environnement, depuis plus de 30 ans et vous sans aucun scrupule vous avez de façon déloyale concurrencé leur marché ! En contre partie vous nous laissez les algues vertes, vous n'avez pas pensé un seul instant aux conséquences de vos actes et cela depuis plus de 30 ans. Regardez dans quel état vous avez mis à plat l'industrie du tourisme ! Alors la solidarité pour le lait, oui, mais commencez par nettoyer ce que vous avez dégradé.
    Ajouté le 22 juin 2009 à 08h42

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