16 septembre 2009
Sans surprise, les constructeurs ont multiplié les présentations de voitures électriques au salon de Francfort. La technologie, qui vise désormais le grand public, suscite pourtant des interrogations sur son modèle économique.
Ça y est! La voiture électrique a fini par percer chez les grands constructeurs. En témoignent les modèles très aboutis, et commercialisables prochainement, présentés depuis hier au salon de Francfort. Renault, en pointe dans ce domaine, a dévoilé hier quatre prototypes de véhicules électriques, préfigurant sa future gamme, qui arrivera sur le marché à partir de 2011. Mais d'autres constructeurs sont également dans la course. PSA Peugeot Citroën a ainsi montré à Francfort le prototype de la future petite Peugeot électrique attendue en octobre2010, et Volkswagen a présenté la version électrique du concept «Up!» de voiture urbaine. Renault avec la Twizy, une toute petite citadine, l'utilitaire Kangoo, et les berlines Zoe et Fluence, a voulu faire la démonstration que la «percée» de la voiture électrique était en marche et que la marque au losange entendait bien «conduire le changement», selon l'expression de son patron Carlos Ghosn.
Hybride ou électrique?
«C'est le bon moment pour les émissions zéro» et «ce qui est en jeu n'est pas une réduction de 20 à 30% des émissions» de CO2, a-t-il lancé, en allusion à la baisse obtenue par les systèmes hybrides, rivaux des électriques. Une voie que Renault n'a pas retenue. Et il a bien insisté sur les investissements en cours: plus de 4milliards d'euros avec son allié Nissan. De fait, Renault table sur une part de marché de 10% pour les véhicules électriques à l'horizon 2020, mais cette prévision n'est pas partagée par tous. Pour PSA, la fourchette se situe plutôt en 2020, «entre 5 et 10%». Ce dernier a présenté à Francfort la Peugeot iOn, future petite voiture électrique de la marque au lion développée avec Mitsubishi, qui sera suivie par une autre similaire pour Citroën. En outre, Peugeot a dévoilé un prototype de mini-voiture quatre places baptisé pour l'heure BB1: «Ce n'est pas un concept en l'air», a assuré le patron de PSA Philippe Varin.
Le facteur prix
Volkswagen a aussi évoqué une nouvelle époque en présentant le prototype Up électrique, «une voiture de série telle qu'on l'imaginait pour 2013», selon Ulrich Hackenerg, en charge du développement. Un constructeur pionnier des technologies hybrides comme Toyota a aussi en prévision la sortie d'un petit véhicule électrique urbain pour 2012. Mais le facteur prix reste un enjeu décisif pour le développement de ces véhicules. Renault veut proposer ses voitures électriques à un prix équivalent à celui d'un modèle diesel équivalent, en séparant le coût de la batterie qui sera louée. Le véhicule électrique est «assez cher». «Il faut trouver le modèle économique où la voiture devient rentable», a souligné Jean-Marc Gales, directeur général des marques de PSA Peugeot Citroën. «Il faut voir l'équation complète avec le prix d'achat ou le leasing, le coût d'usage et la valeur résiduelle du véhicule après trois ans».
Vente ou leasing?
Un modèle auquel réfléchit donc PSA, qui envisage de proposer «un leasing très attractif et des services additionnels», sans toutefois exclure la vente. En outre, pour amorcer le mouvement, un constructeur comme Renault table sur le soutien des gouvernements ou des collectivités, avec des primes ou des commandes, ainsi que des énergéticiens pour la mise en place de réseaux de distribution, l'autre problème à régler. A cet égard, le groupe français a annoncé un partenariat avec le groupe énergétique allemand RWE pour développer l'usage de bornes de recharge pour voitures électriques dès l'année prochaine en Allemagne.
Cette édition du salon de Francfort fait toutefois pâle figure, comparée à la précédente. La crise est passée par là et le nombre d'exposants (750) a fondu de 30%, avec plusieurs absents de marque comme les Japonais Honda et Nissan Mitsubishi et Dahaitsu. L'Américain General Motors, empêtré dans son plan de restructuration, a renoncé à son propre stand.
La voiture électrique n'a pas vocation à remplacer totalement les autos à moteur thermique. Avec une autonomie qui ne dépasse pas les 160 km, elle sera d'abord un moyen de transport urbain, pour les déplacements quotidiens domicile-travail. Elle ne s'aventurera pas sur de longues distances tant qu'un véritable réseau d'alimentation en électricité n'aura pas été déployé.
L'atout de la voiture électrique, c'est qu'elle ne pollue pas en roulant et garantit zéro émission de CO2. Mais si l'on établit son bilan écologique global, elle se révèle moins verte que ce que les constructeurs veulent bien laisser croire. Avec de l'électricité produite par une centrale à charbon, les émissions de CO2 d'une voiture au courant se rapprochent de celles d'une voiture à moteur classique.
C'est le point faible de la voiture électrique : ses batteries coûtent très cher, jusqu'à 12.000 EUR pour dépasser les 150 km d'autonomie. C'est pourquoi les constructeurs comptent sur les pouvoirs publics : en France, l'Etat proposera l'année prochaine une prime de 5.000 EUR. Autre piste : la location des batteries plutôt que l'achat.
L'automobiliste devra recharger ses batteries chez lui, durant la nuit par exemple. Mais pour assurer le développement de cette énergie, les constructeurs attendent des pouvoirs publics qu'ils soutiennent le déploiement d'infrastructures de recharge : dans les rues, les aires de stationnement, les stations-services... Renault annonce déjà que ses batteries pourront se charger totalement en plusieurs heures mais aussi à 80 % en vingt minutes.
