24 novembre 2009
C'est, selon les professionnels du bâtiment, «l'effet pervers» de la baisse de la TVA. Dans les restaurants ouvriers, la grande majorité des clients viennent du secteur du bâtiment, ils travaillent sur des chantiers voisins. Les autres sont le plus souvent des commerciaux et autres clients de passage. «Les prix des menus ouvriers sont souvent restés les mêmes, note Jean-François Hervé. Les entreprises récupéraient les 19,6% de TVA auparavant, aujourd'hui c'est seulement 5,5%». Yvon Le Normand, président de la Fédération bretonne du bâtiment, estime la perte sèche annuelle à 20.000euros pour une entreprise de 100 salariés, avec un repas à 10euros.
«Ça tombe mal»
Trémeur Fraval, le patron de l'entreprise Bidault à Saint-Donan (22) parle de l'équivalent d'un demi-poste de salarié. «En période de crise, ça tombe plutôt mal». De leur côté, les restaurateurs estiment que le prix des repas ouvriers est déjà tiré au maximum.
Retour à la gamelle?
Les fédérations du bâtiment des Côtes-d'Armor et du Finistère négocient avec les syndicats de la restauration pour ramener le prix des repas ouvriers à de plus justes proportions. «Faudra-t-il revenir à la prime de panier? Ce serait une régression, interroge Jean-François Hervé à la Fédération du bâtiment des Côtes-d'Armor. C'est un métier physique, les ouvriers ont besoin d'un bon repas à midi». La prime de panier (8,51euros plus les charges), qui n'est plus utilisée depuis des années dans le bâtiment, laisse aux salariés toute latitude d'utilisation de cette somme. Ils peuvent manger un sandwich ou amener leur gamelle sur le chantier... A Concarneau (29), les trois-quarts de la clientèle du Tomorrow sont des ouvriers du bâtiment. «Avec la baisse de la TVA en juillet dernier, j'ai baissé le menu ouvrier de 10euros à 9,70euros, il comprend deux entrées, un plat, un dessert et la boisson, raconte Michelle Daniel, la tenancière. Les patrons du bâtiment veulent encore faire baisser le prix, il ne faut pas rêver!».
Impasse sur le café
En conséquence, les clients ouvriers ne prennent plus de café après le repas. A Lannion (22), le patron du Kérampont, Richard Gaudin, s'est efforcé d'aménager ses tarifs face à la pression des chefs d'entreprises. Il propose quatre menus ouvriers allant de 7euros (plat, dessert, carafe d'eau) à 11euros (entrée, plat du jour, salade, fromage, dessert, café, quart de vin). «J'ai perdu 20% de mes clients ouvriers suite à ces pressions», déplore le restaurateur, qui a licencié trois personnes.
Réplique des restaurateurs
Jean-François Serrazin, le président du syndicat UMIH des restaurateurs du Morbihan, répond aux entrepreneurs du bâtiment avec une ironie teintée d'humour. «Quand la TVA est passée à 5,5% pour les travaux de rénovation, nous n'avons pas demandé aux gens du bâtiment de baisser leurs factures sur nos travaux».

23 mai 2012 à 11h31

23 mai 2012 à 07h17

23 mai 2012