15 septembre 2009
Huit convois de tracteurs convergent vers Rennes où ouvre le salon européen de l'élevage. La crise s'invite donc au Space qui ouvre aujourd'hui, en présence du ministre de l'agriculture et dans un climat très tendu. Circulation ralentie vers Le Rheu.
Éleveurs laitiers en colère, producteurs de porcs étranglés, éleveurs bovins «au bord du gouffre»... pas un secteur de l'élevage n'est épargné. À l'évidence, l'ambiance du salon sera «tendue», selon les organisateurs. Le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, est très attendu pour l'inauguration aujourd'hui. Quant à Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA et du Space, il répète à l'envi n'avoir «jamais connu un tel contexte de crise» en 23 ans de salon (lire ci-dessous). En première ligne, les producteurs laitiers. L'Association des producteurs de lait indépendants (Apli) et la Confédération paysanne ont lancé jeudi dernier une grève pour protester contre l'effondrement des prix au niveau européen, avec une série d'actions locales.
Appel au boycott
«Il risque d'y avoir des mouvements d'humeur à l'intérieur et autour du salon», assure Jean Cabaret, porte-parole de la Confédération paysanne en Bretagne. Son syndicat a appelé au boycott du Space. «Nous avons prévu une action, mais nous ne savons pas encore quoi précisément», a indiqué le vice-président de l'Organisation des producteurs de lait (OPL), Laurent Bertho. Quant aux 6.000 producteurs français liés à Entremont, groupe laitier en difficulté qui pourrait être repris par Sodiaal (Yoplait et Candia), ils attendent les détails de l'opération. Jean-Michel Lemétayer a prévenu: l'accord ne doit pas se faire «sur le dos des producteurs». Le ministre pourrait aussi être interpellé sur la taxe carbone pour les agriculteurs, dont la FNSEA demande qu'ils soient exonérés.
Quatre ministres
Trois autres membres du gouvernement sont également prévus au programme du Space: la secrétaire d'Etat à l'Ecologie Chantal Jouanno, Michel Mercier, ministre de l'Espace rural et de l'Aménagement du territoire ainsi qu'Hervé Novelli, secrétaire d'Etat au commerce.
Le Space ne s'est jamais tenu dans un tel contexte de crise dans le domaine des productions animales: lait, porc, voire même volaille et mouton. Les discussions risquent d'être vives et tendues dans les allées. Cependant, je ne voudrais surtout pas que le Space, qui est un lieu d'échanges, soit pour la profession agricole le lieu d'affichage de ses éventuelles divisions. La profession a tout à perdre à afficher ses divisions. Ce n'est pas en les mettant en évidence qu'elle se fera mieux entendre, bien au contraire. Et ce n'est pas en sabordant le Space qu'on fera avancer les dossiers. La politique agricole se décide à l'échelle européenne. Je pense qu'il faut respecter tout le monde, ceux qui font la grève du lait, et ceux qui ne la font pas. Mais il faut faire en sorte que les gens se comprennent sur les raisons des crises. Le point commun à toutes ces productions en difficulté, ce sont des prix de marché beaucoup trop bas. Ces prix ne sont pas de nature à assurer un revenu aux producteurs, d'autant que nos charges, elles, sont à la hausse. Le vrai sujet est celui du revenu. Les producteurs de lait se battent depuis le début de l'année contre la baisse des prix. Il faut trouver une majorité de ministres pour amener la commission à changer la politique laitière européenne. Il faut impérativement remettre des instruments de régulation, même si ça devait être la fin des quotas. Certains contestent l'accord du 3juin. Tout le monde sait bien qu'il n'est pas suffisant, mais il était indispensable, sinon les prix seraient encore moins élevés car beaucoup d'entreprises voulaient payer le lait encore moins cher qu'elles ne l'ont payé du fait de l'accord. Heureusement que l'accord est là. Les producteurs d'Entremont savent bien cela. Il faut déjà qu'il se rende compte de la gravité de la situation vécue par les producteurs de lait et de porc. Je demande au gouvernement d'agir à court terme sur l'allégement des charges sociales ainsi que sur le report des annuités. Je demande une année blanche de manière à ce que les producteurs ne soient pas gagnés de désespoir. Il faut soulager la trésorerie des producteurs. Il faut que le ministre puisse nous annoncer un effort financier. La FNSEA a d'ores et déjà annoncé une journée nationale d'action en octobre.
