16 juillet 2009
Fin juin, Renault annonçait qu'il reprenait la SBFM. La fonderie de Caudan, près de Lorient, était sauvée, évitant une radicalisation du conflit. Comme c'est le cas actuellement chez New Fabris ou Nortel.
Séquestrations de patrons, menaces de destructions de l'outil industriel... les mouvements sociaux se radicalisent. À Châtellerault, depuis le week-end dernier, ce sont les salariés de New Fabris, entreprise appartenant au groupe Zen, comme la SBFM de Caudan, qui ont placé des bouteilles de gaz autour de l'entreprise. Leur détresse est telle qu'ils se disent capables de faire sauter leur usine. Placé en liquidation judiciaire, New Fabris, usineur pour l'industrie automobile, va devoir licencier 367 salariés. Le personnel réclame une prime de licenciement d'au moins 30.000euros. Ils ont fixé leur ultimatum au 31juillet. Mais pour l'instant, Renault et PSA (Peugeot-Citroën), pour qui ils travaillaient, refusent de mettre la main au portefeuille. A Châteaufort, dans les Yvelines, les salariés de l'équipementier canadien en télécommunication Nortel multiplient les actions pour dénoncer une «liquidation abusive» de la filiale française et obtenir des indemnités supra-légales. Ils ont toutefois renoncé hier à leur menace de faire «sauter» le site.
SBFM-New Fabris: même combat
À Caudan, Pierre Le Ménahès, l'un des leaders de la CGT à la SBFM, se sent forcément très proche des salariés de New Fabris. «Ils étaient l'un de nos clients. Nous réalisions des collecteurs d'échappement qu'ils usinaient ensuite pour Peugeot». Et comme l'entreprise de Châtellerault, la fonderie caudanaise a touché le fond avant cet incroyable retournement de situation et la reprise du site par Renault. C'était fin juin. Maintenant que la tension est retombée, celui à qui l'on a souvent reproché d'être un jusqu'au-boutiste, comprend parfaitement l'attitude des salariés de New Fabris. «On parle de radicalisation des conflits, mais elle est à la hauteur de ce que l'on fait subir aux salariés. C'est une réponse à la violence qu'on leur fait».
«Atteints dans leur dignité»
Avec le recul, il l'avoue: «Nous aussi, nous aurions pu aller dans les extrêmes et j'aurais eu du mal à retenir les gars. J'avais prévenu: s'il y avait liquidation de la SBFM, je ne garantissais pas les réactions. Il aurait été difficile de canalisertout le monde.» Le conflit, au fil des semaines, a vu des salariés jusqu'ici réservés prendre de l'assurance au point de monter en première ligne. Ce qui n'a pas surpris Pierre Le Ménahès. «C'est normal, ils étaient atteints dans leur dignité». Demain, une délégation de dix salariés de la SBFM se rendra à Châtellerault pour soutenir leurs collègues. En attendant, les New Fabris doivent manifester aujourd'hui devant les grilles de Renault à Boulogne-Billancourt. Comme l'ont fait les SBFM en janvier dernier.
