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Ostréiculteurs. «On est au bord du gouffre»

19 juin 2009

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Les ostréiculteurs ont manifesté leur inquiétude hier. Ils réclament des réponses à Ifremer, sur la surmortalité qui touchent les huîtres juvéniles.

Environ 120 ostréiculteurs de Bretagne-Sud manifestaient hier après-midi sous les fenêtres de la station Ifremer de laTrinité-sur-Mer. Il s'agissait de soutenir l'action de leurs collègues, qui avait lieu au même moment à Nantes, en marge du congrès régional de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer.

80% de perte

«Depuis une dizaine d'années, nous constatons des pertes croissantes et inexpliquées de nos jeunes huîtres creuses», rappelle Philippe Le Gal, président du Syndicat ostréicole de la rivière de Pénerf. En 2009, comme en 2008, et «alors que l'été ne fait que commencer», les professionnels envisagent déjà une perte de 80% sur les naissains, les bébés huîtres. Les ostréiculteurs demandent aux chercheurs «de se bouger». C'est-à-dire «d'êtres plus présents sur le terrain, de mieux communiquer et de collaborer avec d'autres organismes de recherche». Et s'interrogent sur les moyens humains et matériels dont disposent Ifremer. Le chef de la station de LaTrinité-sur-Mer, Édouard Bédier, qui a reçu hier une délégation, confirme que «le phénomène est connu depuis longtemps»: «Il touche les animaux de moins d'un an. On sait qu'il est dû à la présence d'un agent pathogène, auquel les huîtres sont plus sensibles qu'auparavant. Mais on ne sait pas pourquoi.» Selon lui, la question des moyens est «une fausse querelle»: «On travaille avec des laboratoires universitaires».

Premiers effets sur les marchés dès 2010

En attendant, les ostréiculteurs s'inquiètent pour l'avenir de leur profession. «Il faut trois à quatre ans d'élevage pour vendre une huître. Actuellement, on travaille encore avec les juvéniles de 2007, mais on va ressentir les premiers effets de la surmortalité dès l'année prochaine. On est au bord du gouffre», alerte Ronan Tanguy, président du syndicat des deux rivières (Auray et Saint-Philibert). Il a peur d'être «lâché» par les chercheurs et les soupçonne de «cacher la vérité». Les représentants de la profession veulent «maintenir la pression» et promettent déjà de nouvelles actions, tournées cette fois vers les pouvoirs publics, «pour envisager les moyens de subsister». Actuellement, l'ostréiculture en Bretagne-Sud représente 430 entreprises, 3.000 emplois directs, 5.500 hectares de parcs et 20.000 tonnes d'huîtres par an.

  • Mathieu Pélicart
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