15 septembre 2009 - 1 réactions
La pêche de grands fonds n'est qu'accessoire pour la dizaine de bateaux bigoudens qui la pratique. Les nouvelles menaces ont pourtant conduit à une levée de boucliers. Le monde de la pêche y voit une attaque du chalut.
La nomination d'une écologiste au titre d'ambassadrice des océans par Jean-Louis Borloo, le ministre du Développement durable et de la Mer n'en finit pas de soulever des inquiétudes sur les quais. Dans le sillage de la démission de Louis LePensec, le président de la commission consacrée à l'avenir de la pêche de grands fonds, toute la profession dénonce ce qu'elle estime être une mascarade politique. «On ne peut pas, au plus haut niveau, faire croire qu'un comité d'experts va rendre un avis impartial et, de l'autre, donner mandat à l'assemblée générale de l'Onu, de signifier l'abandon par la France de ses pêcheries de grandsfonds», soulignait il y a peu, Robert Bouguéon, le président de la fédération des comités locaux des pêches du Finistère. Une fois de plus, toute la filière craint sérieusement pour l'avenir de ses chalutiers de grands fonds. Le Pays bigouden compte une dizaine de chalutiers hauturiers pratiquant cette pêche. Même si, contrairement aux chalutiers lorientais de la Scapêche, ils ne pratiquent les grands fonds que de manière accessoire.
Des captures accessoires
Au Guilvinec, le Bara Lodenn est le seul chalutier hauturier à disposer d'un permis de pêche spécial (PPS) grands fonds. Pourtant, depuis 2007, seul un tiers de ses captures est composé d'espèces de grands fonds. Les deux autres navires de l'Armement bigouden à pratiquer cette pêche (Le Bara Brenn et le Bara Dous) utilisent des PPS tournants et débarquent des quantités encore plus faibles de poissons des grands fonds. Comme cinq chalutiers artisans. «La lotte reste notre espèce cible. Les PPS nous permettent de ne pas rejeter les captures accessoires», explique Soizig LeGall, la patronne de l'Armement bigouden.
Élément d'équilibres
Pour Tristan Douard, le directeur adjoint de Pêcheurs de Manche et Atlantique, l'association des deux principales organisations de producteurs concernées, «ces prises sont malgré tout importantes dans les comptes d'exploitations des bateaux». Reconnu pour sa politique sociale, l'Armement bigouden craint de ne plus pouvoir tenir le cap, en la matière. «Si nous perdons ces droits de pêche, on peut s'attendre à perdre une partie de nos équipages», craint Soizig Le Gall. Un risque que les armements estiment démesuré compte tenu de l'importance des captures. Patron de l'armement La Houle, Jo Loussouarn y voit d'ailleurs une lourde contradiction des environnementalistes: «Ces PPS sont un bien pour la ressource. Ils nous permettent des rotations saisonnières qui soulagent les fonds traditionnellement travaillés par nos bateaux». Les Calanques et La Houle, deux de ses chalutiers, bénéficient de PPS tournants.
«Le chalut menacé»
Pour l'armateur de Saint-Guénolé comme pour l'ensemble de la profession, la principale inconnue reste la définition des grands fonds. Une question à laquelle la commission présidée par Louis Le Pensec devait répondre. Avant sa démission. «Elle oscille entre 200m pour les environnementalistes et 400m pour les scientifiques», poursuit Tristan Douard. Le terrain de travail de toute la pêche hauturière cornouaillaise, qui pourrait ainsi être menacée. La profession y voit une attaque déguisée du chalut de fonds.
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