30 août 2011 - 2 réactions
Sur le CV anonyme n'apparaissent ni le nom, l'adresse, le sexe, l'âge ou l'origine ethnique des candidats, seuls figurent leurs compétences. La démarche vise à faciliter l'accès à l'emploi dans les entreprises, en évitant les discriminations de tous ordres. Le gouvernement avait décidé de l'expérimenter à grande échelle en 2009, après que plusieurs grandes entreprises françaises ont engagé la démarche quelques années auparavant. Politiquement correcte, l'initiative, qui avait suscité beaucoup d'espoir, n'a pas prouvé son efficacité, si l'on s'en tient aux résultats de l'enquête de Pôle emploi. Son usage ne sera pas obligatoire, comme initialement prévu, pour les entreprises de plus de 50 salariés. Il restera lié au bon vouloir des chefs d'entreprise.
Un rapport surprenant
Les conclusions du rapport de Pôle emploi en ont surpris plus d'un. Le bilan, publié discrètement en juillet, n'est guère positif. Il fait ressortir que le CV anonyme «n'a pas d'effet détectable sur les chances d'accès à l'emploi». Il pénaliserait même les candidats femmes, seniors, d'origines étrangères ou issus des zones urbaines, sensibles. «Certains employeurs se montrent plus compréhensifs face aux carences d'un CV lorsqu'ils ont des informations sur l'origine des candidats», évoque même le rapport. Selon IMS-Entreprendre pour la cité, qui fédère 200 grandes entreprises (Axa, RATP, groupe Accor...) engagées dans la lutte contre les discriminations, l'échantillon du millier de recruteurs choisi pour l'enquête n'est pas représentatif des entreprises françaises. Elle affirme que, grâce au CV anonyme, plusieurs grandes entreprises ont reçu davantage de candidatures de personnes d'origines étrangères qui, auparavant, n'osaient pas envoyer leur curriculum vitae.
Fausse bonne idée
Pour Jean-Marie Chassé, responsable du cabinet rennais Théodore Search, spécialisé dans le recrutement des cadres, le CV anonyme est «une fausse bonne idée», une sorte d'opération à double tranchant. «Nombre de candidats adressent aux recruteurs des CV classiques, complets, bien fournis, que l'on retrouve aussi sur des sites internet comme Viadeo, explique-t-il. Les autres risquent d'en pâtir». Le chasseur de têtes reste dubitatif sur l'intérêt d'un décret imposant l'obligation de l'anonymat. Le président de l'Union patronale bretonne, Patrick Carré, trouve le principe séduisant, mais son application ne coule pas de source. «Une rencontre avec une personne d'origine marocaine m'a fait revenir sur ma position initiale, raconte-t-il. Elle trouvait humiliant d'avoir besoin de cacher sa nationalité pour décrocher un entretien d'embauche». Le CV anonyme n'est pas entré dans les habitudes des Bretons. «Nous n'en recevons quasiment aucun, indique Patricia Herout, la directrice des agences Adia du Finistère-Nord. La Bretagne n'est pas confrontée à des problèmes de discrimination et les chefs d'entreprise sont ouverts». Quoi qu'il en soit, le CV anonyme restera l'apanage des grandes entreprises dotées d'un service de ressources humaines et capables d'investir dans des logiciels assurant l'anonymat.

23 mai 2012

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