20 février 2008
Formulé jusqu'alors par les seuls employés, le malaise s'exprime aussi parmi des cadres de Carrefour. Témoignages, anonymes, à Brest.
« Quand les employés ont débrayé, en janvier, pour des augmentations de salaires, ce n'était pas l'envie de les rejoindre qui nous a manqué. Mais un cadre ne fait pas grève chez Carrefour. Ce serait très mal perçu », témoignent deux cadres soucieux de conserver l'anonymat.
« Sous pression »
Car parler à visage découvert ne rentre pas non plus dans les habitudes de la maison. Surtout quand des collègues sont mis à la porte : « Sept cadres et deux chefs de secteur ont été licenciés à Rennes-Alma, cinq cadres à Lorient, deux à Saint-Brieuc », assurent-ils.
A l'hyper brestois, pour l'instant préservé, d'autres semblent prêts à franchir le pas : « Nous subissons une telle pression. En même temps, nous n'irions pas voir ailleurs. Carrefour est une bonne boîte. Enfin, l'était. Jusqu'au changement de politique managériale des cadres ».
Mesures impopulaires
Depuis trois mois, période correspondant à l'arrivée d'un nouveau directeur, « aux ordres », à Brest, les cadres de Carrefour doivent composer avec de nouvelles obligations impopulaires : « La direction nous interdit de quitter le magasin avant 18 h le samedi. Pourquoi nous garder, alors que le travail est effectué et que nous pourrions profiter de nos familles ? ». D'autant plus curieux que leur convention collective prévoit bien de travailler 215 jours par an sans mentionner les horaires. « Le directeur a perdu de vue que la qualité d'un travail ne dépend pas du temps passé dessus ».
« Propos exagérés »
Mais désormais tout compte chez Carrefour, « vingt minutes trop tôt, vingt minutes trop tard, ce sont autant de justificatifs à fournir à nos supérieurs. Toujours dans ce sens, celui du flicage, du harcèlement moral. En revanche, fini les félicitations, la bonne ambiance, la reconnaissance, y compris financière. Avant, nous acceptions sans problème de travailler 50-60 heures par semaine et davantage en période de fête. Aujourd'hui, nos efforts valent-ils encore la peine ? » Interrogée, la direction du groupe répond par l'affirmative, et fait valoir douze embauches de cadres cette année en Bretagne.
« Peut-être ont-ils subi des remontrances pour leur travail mais les propos de ces cadres ne sont pas représentatifs. Voire faux. Seuls quatre cadres ont quitté la région. Deux de leur plein gré, deux autres par promotion », assure Chantal Jolivet, chargée de communication de la direction du groupe. « Quant à garder des cadres le samedi soir, cela peut simplement répondre aux exigences de l'activité ».
Saint-Pierre-Quiberon. Rue de Kergroix. Fin des travaux en vue