12 septembre 2009
Après des années de forte expansion, l'industrie des yachts peine à se relever de l'effondrement des commandes de la fin 2008. Sur un marché incertain, elle se retrouve contrainte de naviguer à vue.
C'est un public clairsemé qui accueilli cette semaine l'ouverture du Festival international de la plaisance à Cannes. Pourtant, avec ses 540 unités présentes, dont 190 yachts de plus de 20 mètres, ce rassemblement s'affiche comme le premier salon à flot d'Europe. Il ne faut pas oublier que le retournement du marché a commencé à l'automne dernier. Des commandes ont été massivement annulées, les acomptes perdus et les chantiers se sont retrouvés avec des bateaux en stock, qu'ils ont dû vendre ou brader, parfois au-dessous du prix coûtant. «La crise a donné un coup de frein à une industrie qui était allée beaucoup trop loin en termes de production», analyse Michel Karsenti, patron de la revue spécialisée Yachts.
«Soutenu artificiellement»
«Le marché était soutenu artificiellement par les banques qui finançaient jusqu'à 80 ou 90% de l'achat d'un yacht», explique-t-il. Résultat, le segment des «super-yachts» (24-50 mètres) a été particulièrement touché. Certains professionnels estiment que la crise, à présent que les stocks ont été jugulés, entre dans «la phase deux»: «Il s'agit maintenant de savoir si les chantiers vont être capables de vendre des bateaux sans perdre d'argent», résume Michel Karsenti. L'industrie des grands yachts, concentrée en Italie (60%), aux Pays-Bas (20%) et en Allemagne (10%), a connu plusieurs années fastes. Le marché comptait cinquante constructeurs il y a quinze ans. Il y en avait 150 en 2008. Les chiffres d'affaires ont décuplé. Les prix ont grimpé en conséquence, atteignant jusqu'à 100millions d'euros, ou plus, pour un bateau de 90 mètres.
Quinze ans en arrière?
La crise pourrait bien ramener le marché au chiffre d'affaires qui était le sien il y a quinze ans, pronostique Michel Karsenti. «On est dans l'ultime luxe, le plus inutile des luxes, qui est la première variable d'ajustement en période de vaches maigres», ajoute-t-il. L'affaissement de l'industrie des yachts s'inscrit dans un contexte morose pour l'ensemble de l'industrie nautique (45.000 salariés en France et 4.000 entreprises).
Moins 40%
«On s'attend cette année à une baisse de 40%», indique Jean-François Fountaine, président de la Fédération des industries nautiques (FIN). La baisse a été encore plus brutale sur les marchés américain, espagnol et scandinave, où les ventes ont reculé de 60 à 70%, selon lui. De Cannes à Monaco Le Festival de la plaisance de Cannes se tient jusqu'au 14septembre. Il sera suivi par le salon des mega-yachts du 23 au 26septembre à Monaco.
Pour épauler des entreprises du secteur nautique fragilisées par la crise, l'Etat a annoncé hier qu'il allait financer des études les encourageant à adapter leur stratégie et de gagner en compétitivité. Le ministère de l'Industrie a précisé que «L'Etat financera, à hauteur de 4.000euros hors taxe chaque fois, l'intervention de consultants au sein des entreprises» pour qu'elles étudient les moyens de gagner en compétitivité. Ce dispositif vise «prioritairement la centaine de chantiers navals et de sous-traitants actifs de taille intermédiaire». Cette annonce fait suite à la visite de Christian Estrosi au Festival de Cannes, où il a demandé aux industriels, notamment Bénéteau, «d'être beaucoup plus impliqués dans les projets des pôles de compétitivité».
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