8 octobre 2009 - 2 réactions
L'anchois a fait un retour remarqué sur les criées cornouaillaises avec plus de 370tonnes débarquées (1,8MEUR environ). Sur les quais, les marins-pêcheurs ont le sourire. Ils racontent cette semaine de folie sur les bolincheurs.
Douarnenez, mardi, 6h30 du matin. La dizaine de bolincheurs sud-finistériens est alignée sur les quais, où règne une intense activité. Raymond Guillou, embarqué sur le Jimorhan de Concarneau, affiche un large sourire quand on le questionne sur le retour de l'anchois. «Tout le monde est content. On a vraiment bien bossé ces derniers jours», lance-t-il avant d'agripper une nasse pleine de poissons tout droit sortis des cales. Ce matin-là, 15 tonnes d'anchois seront encore débarquées sur ce quai avant de partir pour l'Espagne.
«Les sondeurs ont commencé à s'affoler»
Comment se sont déroulées ces pêches miraculeuses? Dans un contexte où, depuis 2005, les pêcheurs français n'ont plus aucun quota dans le golfe de Gascogne, au sud d'une ligne passant par la baie d'Audierne. Yvan Le Lay, patron du Steredenn ar Mor, raconte. «Ca faisait plusieurs jours qu'on était sur la zone VII, située au nord de la zone sans quota. L'an dernier, on y était déjà pour l'anchois. Mais on n'avait rien pris». Le dimanche 28septembre, les sondeurs ont commencé à s'affoler. «On a localisé des quantités énormes d'anchois. En 30 ans de carrière, je croyais avoir tout vu. Mais là, c'était de la folie», poursuit Patrice Pétillon, le patron du War Raog IV. Les bolincheurs, contrairement aux chalutiers, doivent entourer les bancs de poisson à l'aide de leurs sennes pour les capturer.
Technique délicate
Cette technique, assez sportive, si elle est mal négociée, peut se solder par un échec total. «Heureusement, on a été bon», plaisante Yvan Le Lay. Dès lors, a commencé un ballet incessant entre les lieux de pêche situés à 5heures de mer et les quais cornouaillais. Cette activité frénétique des bateaux n'est pas passée inaperçue à la radio. Dans les heures qui ont suivi, le reste de la flottille s'est rué sur zone. C'est le cas de Pierre Le Pluant, un Quiberonnais à la barre de l'Étoile Polaire, qui peste encore de n'avoir pu rejoindre ses collègues avant mercredi. «Ces anchois ont environ 3 ans. Ils sont en fin de vie et ne se reproduiront plus. Nos coups de filet n'auront donc aucun impact sur la ressource». Nombreux sont les pêcheurs qui, comme lui, face à cette profusion de poissons, sont tentés de faire un pied de nez aux scientifiques qui soutiennent que, depuis des années, cette ressource est aux abois. «On ne sait pas d'où vient l'anchois. Il est imprévisible. Il arrive sur nos côtes au mois d'août. Pas avant, poursuit Yvan Le Lay. C'est à cette période que les scientifiques devraient faire leurs comptages en Bretagne. Et non pas en mai comme ils le font habituellement. Car, au printemps, l'anchois est ailleurs».
«Juste retour des choses»
Sur les quais, tous savent que cette manne providentielle va regonfler, pour un temps le moral mais aussi les portefeuilles. Un sujet sur lequel on ne s'épanche pas. «On a gagné cet argent honnêtement, poursuit un matelot. Notre métier est dur. On commence à 17h pour rentrer au petit matin. Et on dort quand on peut.». Pour Yvan Le Lay, c'est un juste retour des choses. «Cela fait dix ans que je fais ce métier. Et des années qu'on vend la sardine au prix de retrait à 0,32 EUR le kilo. Soit le prix de deux Carambar». Hier matin, seule 1,6 tonne d'anchois a été enregistrée sous criée. Le poisson ayant sûrement rejoint des contrées plus hospitalières.
Concarneau. Les bolincheurs ont débarqué 16t d'anchois à Douarnenez
Douarnenez ville. Port : une pêche miraculeuse d'anchois Page 16
Douarnenez ville. Pêche. Encore des tonnes d'anchois débarquées