10 avril 2009 à 08h17
La portée des innovations technologiques a été mal évaluée par les industries de contenus, qui demandent de l'aide aujourd'hui. Or, la politique n'a aucune prise sur les nouveaux mode de vie.
Au-delà des petites manoeuvres parlementaires, le rejet du projet de loi «Créationet Internet» révèle une profonde distorsion entre le fonctionnement du système politique et l'évolution des modes de vie.
Un modèle détruit
Le système politique s'enracine dans des valeurs, comme la propriété privée, qui ne sont plus unanimement reconnues au sein de la société. Qu'on le déplore ou qu'on s'en réjouisse, le culte de la gratuité s'est massivement instauré parmi les internautes. La faute en revient aux industries de contenus - musique, presse et vidéo - qui n'ont pas su évaluer, entre1997 et1998, la portée des innovations technologiques qui s'accumulaient pour transformer leur environnement. L'apparition, en l'espace de quelques années, de la norme de compression MP3, des hauts débits de l'ADSL et des serveurs de partages de contenus ne pouvait que détruire un modèle né un siècle auparavant. Si les industries de contenus s'étaient emparées à temps de ces innovations pour en maîtriser le développement, elles n'auraient pas à supplier le système politique de les sauver. Or, le système politique et ses rigidités juridiques ne peuvent rien contre la fluidité des modes de vie. Aujourd'hui, quand une innovation technologique est adoptée, elle génère des usages qui n'ont pas toujours été prévus par les créateurs de ces innovations. Mais - et c'est une forme de démocratie spontanée beaucoup plus puissante et flexible que la démocratie représentative - les nouveaux usages s'intègrent dans des modes de vie sur lesquels la politique n'a aucune prise.
Un triple échec
D'où le triple échec auquel sont promises toutes les lois qui prétendront régenter les modes de vie générés par l'innovation: - Echec technologique: depuis l'interdiction légale de Napster, le premier serveur de partage de contenus, les téléchargements se sont amplifiés. - Echec juridique: le Conseil Constitutionnel et la Cour européenne de Justice ne pourront pas laisser passer des dispositions punitives qui instaureront de flagrantes inégalités entre ceux qui téléchargeront chez eux et ceux qui téléchargeront en entreprise, sans parler du fait de devoir payer une prestation interrompue. - Echec politique: même ceux des citoyens qui respectent le travail et la rémunération des artistes n'admettent pas qu'un gouvernement vienne en aide à des industries qui, somme toute, ont failli par manque de clairvoyance.
