20 octobre 2009 à 07h35
Politique et affaires font rarement bon ménage. Le projet de taxer les banques répond à une nécessité politique. Car ce qui se passe dans la finance mondiale n'est rien moins qu'humiliant pour les dirigeants. Tenez, aux Etats-Unis, les sorciers qui ont conduit la planète au bord du gouffre, refont de l'argent à la pelle et se verseront cette année 140milliards de bonus.
Dans le genre provocant, il n'y a pas mieux. En France, nos banques se requinquent et remboursent vite fait bien fait les prêts consentis par l'Etat (au prix fort et qui auront rapporté 1,4milliard au Trésor, soit dit en passant). En résumé, les banquiers, en 2008, risquaient la double peine, ils ont aujourd'hui la double récompense: 1: aucun grand nom ne peut plus faire faillite sans induire un risque systémique majeur (syndrome Lehman Brothers). 2: grâce aux faveurs de la FED ou de la BCE, la lessiveuse bancaire fabrique des fonds propres à toute vapeur pour passer les nouvelles règles de prudence. La morale de l'histoire est dans l'ordre des choses: quand les banques flambent derechef, les consommateurs payent encore. A celles et ceux qui veulent les «punir» par l'impôt, notre élégante ministre des Finances oppose une fin de non-recevoir. De fait, la fiscalité n'est pas un joujou qu'on triture dans tous les sens: le contre-exemple de la TVA dans la restauration devrait convaincre qu'il faut se garder des satisfactions aussi éphémères qu'immédiates. Une bonne fiscalité se doit au contraire d'être prévisible pour être efficace. Tentant ou pas, il n'est donc pas de bonne politique que vouloir surtaxer Total quand les prix du baril montent; ni les banques quand on enrage de leur prospérité retrouvée. Mme Lagarde doit toutefois donner le change. Son idée d'une taxe pour financer la supervision du secteur bancaire, à l'instar des assureurs, n'est pas absurde. Que n'y a-t-on pensé plus tôt. Il en coûterait une centaine de millions à la profession. Nous voilà rassurés... pour nos amis banquiers!
