22 octobre 2009
Pour la première fois depuis 14 mois, l'euro a franchi momentanément hier la barre symbolique d'1,50 dollar. Une tendance de mauvais augure pour l'économie européenne.
La revalorisation de l'euro par rapport au dollar a une cause officielle: les spéculateurs vendent les bons du Trésor américain pour revenir sur le marché des actions. Elle peut avoir une autre raison: une sorte de guerre monétaire» entre pays désireux d'être les premiers à profiter de la reprise économique. Dans les deux cas, la surévaluation relative de la monnaie unique est fâcheuse pour les exportations, donc pour la croissance en Europe.
Vases communicants
Il y a une explication mécanique au recul du dollar. Pour se protéger des effets de la crise financière, les investisseurs avaient acheté des bons du Trésor américain, ce qui avait fait monter le billet vert. Maintenant que la crise financière semble terminée et que l'économie redémarre, ces mêmes investisseurs revendent leurs bons du Trésor, ce qui fait chuter la devise américaine. Un phénomène de vases communicants entre obligations d'Etat et actions d'entreprises, en somme. Il n'est pas impossible pourtant qu'en dépit de ses déclarations en faveur d'un dollar fort, l'administration américaine laisse «chuter» sa monnaie pour obliger la Chine à réévaluer le yuan dont la parité est de 40% inférieure à ce qu'elle devrait être. Chantage: les Chinois détiennent 2.000milliards de dollars en réserves de devises mais la baisse de la monnaie américaine les appauvrit. Les Américains ne seraient par ailleurs pas fâchés que la chute du dollar, qui favorise leurs exportations en pénalisant les importations, accélère la reprise économique d'abord chez eux. Comme le disait naguère un Américain aux Européens anxieux: «Le dollar, c'est notre monnaie et c'est votre problème.» Quand l'euro vaut 1,5003 comme hier, cela signifie que les produits européens se sont renchéris de 20% depuis mars sur le marché américain et de 12% sur les autres marchés mondiaux. Ou que les produits américains ont diminué de 20% sur les marchés européens. Comme la reprise s'annonce molle sur le Vieux Continent, le fait que l'euro puisse atteindre 1,55 dollar l'an prochain laisse présager une croissance alanguie accompagnée d'un chômage persistant jusqu'en 2011.
