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Analyse. La jauge de l'exaspération

20 mars 2009

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L'équation sociale est simple: puisque le pouvoir estime que la mobilisation des salariés n'a pas franchi d'étape significative et comme les syndicats veulent poursuivre cette mobilisation, la question est de savoir où se situe le niveau d'exaspération qui ferait fléchir le pouvoir.

Selon la mesure élyséenne du mouvement revendicatif, le 19mars n'est pas différent du 29janvier; il ne s'est rien passé entre ces deux journées. Le mécontentement n'a pas augmenté sauf dans le secteur privé, plus visible hier qu'il y a deux mois. Ce raisonnement se limite aux rapports de forces: une politique a été verrouillée au sommet social du 18février, les syndicats ne démontrent pas un accroissement décisif de l'hostilité à cette politique, il n'y a donc aucune raison de déverrouiller les décisions du 18février. Il y a trois paris derrière cette manière de voir. Le premier est que les effets conjugués des mesures de soutien à l'économie et des décisions prises lors du sommet social de février produiront leurs premiers effets courant avril; les Français constateraient alors que le pouvoir a fait ce qu'il fallait. Le second pari, subtilement exprimé par François Fillon hier soir sur TF1, est que les syndicats continuent à canaliser des inquiétudes, des frustrations et des colères qui, sans des journées comme celle d'hier, s'exprimeraient peut-être de manière beaucoup plus rude. C'est le sens de l'allusion glissée par un conseiller élyséen au «phénomène protestataire» qui, selon lui, ne change ni d'intensité ni de forme. Le rituel des journées syndicales servirait d'exutoire. Les cortèges ne seraient que des soupapes qu'on utilise en mécanique pour faire baisser la pression. Le troisième pari est que les syndicats n'ont pas d'autre stratégie. Sauf à importer la méthode «de rupture» victorieuse en Guadeloupe, la mobilisation syndicale reprendra le 1ermai et contribuera, au pire, à un vote sanction sans conséquences aux élections européennes de juin. Il n'y aurait donc pas, d'ici à la présidentielle de 2012, de niveau d'exaspération que les syndicats pourraient atteindre pour obtenir un changement de politique.

  • Alain Joannès
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