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Analyses

Analyse. L'impossible réforme du capitalisme financier

6 août 2009

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La polémique autour des bonus des traders donne à voir la méconnaissance générale des règles du monde de la Bourse. Un univers qui n'est pas fait que d'injustes privilèges.

L'indignation suscitée par la persistance des rémunérations variables dans les banques a quelque chose de touchant. S'émouvoir des compléments de salaires versés aux « traders », c'est faire preuve de naïveté par méconnaissance du capitalisme financier et en croyant qu'il peut se réformer. En octobre 2008, quand le crédit se pétrifiait, les banques françaises ne voulaient pas de l'aide de l'État. Elles craignaient que ses représentants s'invitent dans les conseils d'administration et s'intéressent à leurs pratiques internes. L'État, lui, redoutait une panique des déposants. C'est sur l'insistance de Bercy que six établissements financiers ont accepté un prêt de 10,5 milliards, remboursable à 8%, mais en obtenant que l'État ne « fourre pas son nez dans leurs affaires ».

Les traders ont permis de relancer la Bourse

Si l'Elysée avait voulu « réformer le capitalisme» français pour montrer l'exemple au reste du monde, il aurait fallu que les politiques -élus par les contribuables -nationalisent les établissements défaillants; l'État aurait pu imposer des pratiques de rémunérations conformes à sa conception de la morale publique, redresser les entreprises concernées et les revendre avec une plus-value profitable au budget de la Nation. À défaut d'un contrôle extérieur, les banques sont libres d'utiliser leurs profits comme bon leur semble, puisqu'elles remboursent l'État en versant des intérêts raisonnables. Or, les profits bancaires proviennent de l'euphorie de la Bourse, qui croit que la crise est terminée. Il n'y a donc rien d'étonnant, dans le système tel qu'il fonctionne, à ce que les « traders » -techniciens de la spéculation -reçoivent, en plus de leur salaire, une rémunération variable proportionnelle à leurs performances, puisque ce sont eux qui créent l'euphorie génératrice de profits dont dépendent leurs bonus.

Un système vieux de trente ans

Ces pratiques sont celles d'un capitalisme financier, qui n'a actuellement aucune raison de se réformer. Il perdure depuis la fin des années soixante-dix, sur la base d'une « sainte alliance » entre les actionnaires, détenteurs des capitaux, et ceux qui gèrent ces capitaux, managers et « traders ». Pour que les seconds s'appliquent à enrichir les premiers, ils sont financièrement intéressés aux performances boursières. Ce mécanisme produit des « bulles » spéculatives qui éclatent en crises financières. Il faudra encore plusieurs « bulles », et autant de crises, pour que les politiques canalisent les effets incontrôlés de l'idéologie néo-libérale. Sans doute sous l'influence d'un duopole Chine/États-Unis, seules puissances publiques capables de réguler le capitalisme mondial.

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