24 juillet 2009
Alcatel-Lucent a une stratégie théoriquement viable : évoluer vers les services personnalisés(matière grise), en renonçant à combattre les deux géants chinois qui dominent désormais le marché mondial des infrastructures de réseaux (matériels).
Toute la question est de savoir si les erreurs passées et la conjoncture actuelle permettront de vérifier le bien-fondé de cette vision. Le directeur exécutif néerlandais Ben Verwaayen incarne cette stratégie, qui a fait ses preuves dans le passé. Elle a sauvé le géant de l'informatique IBM, qui a failli disparaître quand les fabricants japonais, puis coréens, d'ordinateurs ont répandu leurs PC dans le monde entier. Grâce, notamment, à un P-dg français, « Big blue » s'est engouffré dans les grands systèmes inaccessibles aux Asiatiques et surtout dans les services aux entreprises et aux administrations. Alcatel-Lucent pourrait entreprendre cette quête de la valeur ajoutée qui est la conséquence positive des transferts de technologies : puisque les chinois ZTE et Huaweï fabriquent à moindre coût ce qu'Alcatel construisait naguère, l'avenir est aux produits de niche très sophistiqués et aux services où il n'y a pas de vraie concurrence asiatique. En succédant à Patricia Russo, BenVerwaayen a orienté Alcatel-Lucent vers les marchés très rentables du savoir-faire immatériel. Mais lui et le P-dg Philippe Camus ont hérité des erreurs de Serge Tchuruk : protocole de télécommunication peu porteur, achats des start-up américaines sans discernement, fusion entre Alcatel et Lucent... Comme si la somme de deux petites entreprises affaiblies pouvait être autre chose qu'une grosse entreprise faible. La conjoncture économique hypothèque la stratégie de redressement. Elle conduit à des externalisations de panique, incompréhensibles par le personnel car incompatibles avec le potentiel d'innovation de la firme.
