27 octobre 2009 - 3 réactions
Nicolas Sarkozy dévoile aujourd'hui un plan d'urgence à l'agriculture. Qu'en attendent les agriculteurs? C'est la question que nous avons posée à quelques-uns d'entre eux.
Bruno Hascoët, 34 ans, producteur de lait à Cast (29).
«Je n'attends qu'une chose, c'est de pouvoir vivre dignement de mon métier. Il y a un fossé qui se creuse entre nous et les citadins. On a choisi ce métier et on l'aime, mais à un moment donné, il faut se poser des questions. Qui accepterait de travailler tous les jours de l'année et parfois la nuit sans être payé? On ne demande pas les 35heures, simplement d'avoir une vie sociale décente. Je suis d'accord pour des aides d'urgence, mais sous quelles conditions ? L'Europe, elle aussi, a fait un geste, mais il est dérisoire, comparé aux pertes subies. C'est bien l'Europe pourtant qui est à l'origine de nos problèmes, puisque c'est elle qui a dérégulé tout le système».
Régis Guillerm, 38 ans, éleveur de porcs à Quéven (56).
«Je souhaite avant tout qu'on mette fin à cette conjoncture catastrophique. Cela fait 35 mois que nous vendons nos porcs entre 85 et 90% de notre prix de revient. Nous avons subi la crise financière. La ferme France représente 200 milliards d'euros de chiffre d'affaires, l'industrie automobile 85 milliards. Il n'y a pas de raison que l'agriculture ne bénefice pas, elle aussi, d'un plan de relance. Je voudrais aussi qu'on soutienne nos exportations, d'autant que la parité euro dollar ne nous favorise pas. Il faudrait également que tous les producteurs européens travaillent sur un pied d'égalité. Les abattoirs allemands embauchent aujourd'hui des Ukrainiens à 400 euros par mois. Enfin, il est urgent qu'on se répartisse les marges de manière équitable au sein de notre filière. On va certainement nous annoncer des aides, mais si ce sont des rustines pour prolonger l'agonie, ça n'en vaut pas la peine».
Nicolas Le Gall, 32 ans, producteur de lait et de vaches allaitantes à Plussulien (22).
«S'il y a des aides, j'ai peur qu'elles ne soient exclusivement distribuées à ceux qui étaient déjà dans le rouge avant la crise. Personnellement, je suis installé depuis 2000. J'ai 250.000 litres de quota laitier, 30 vaches allaitantes et j'emploie un salarié à mi-temps. Pour mes bâtiments, j'ai réalisé toute la maçonnerie moi-même. Comme je ne suis pas dans le rouge, je crains de passer à la trappe. Pourtant, la situation est diffcile pour tout le monde. Cette année, par exemple, j'aurai besoin de l'avance des banques sur les aides PAC alors que les années précédentes je pouvais attendre. Par ailleurs, ce qui m'irrite le plus, c'est que l'on n'entend plus parler de l'observatoire des marges qui avait été installé après le blocage des centrales d'achat».
Gilles Sergent, 49 ans, (lait et porc) à Beuzec-Cap-Sizun(29).
«Faire du lait ce n'est pas dur, mais il faut produire ce qu'on peut vendre. Ce n'est pas la peine d'aller en faire plus. Vendre, ce n'est pas brader. La remontée des cours passe par une régulation du marché. Les quotas laitiers ont été une bonne chose. Ils ont fait de l'effet pendant 20 ans sans coûter cher. Personnellement, je serais prêt à accepter une baisse de mon quota pour que quelque chose se passe. Si on diminue l'offre, on doit voir les prix remonter. On a bien vu l'effet de la grève du lait. Ce qui me désole aussi c'est que nous sommes la seule profession à ne rien facturer à personne. Nous n'avons pas la maîtrise des produits que nous vendons. Nous acceptons cela depuis bien trop longtemps».
Lait, fruits et légumes, bovins, porcs, viticulture: la plupart des productions enregistrent une forte baisse des prix, entraînant une chute des revenus des agriculteurs, après une année 2008 déjà difficile.
Lait.
Après l'embellie de 2008, les revenus 2009 des éleveurs laitiers devraient être inférieurs de 26 à 40% à ceux de 2007, selon les Chambres d'agriculture.
Fruits et légumes.
Les producteurs doivent s'adapter aux importations massives de pays concurrents dont les prix sont plus attractifs. Ils rencontrent aussi des difficultés à exporter en raison de la frilosité des assurances-crédit. C'est le cas des producteurs de pomme qui exportent la moitié de leur production. En 2008, le revenu des arboriculteurs avait déjà décroché de 37%.
Bovins.
Baisse des prix, crise sanitaire avec la fièvre catarrhale bovine (FCO), depuis trois ans le secteur est en berne. En 2009, le revenu devrait encore baisser de 45%, soit un revenu annuel par producteur de 6.300euros, selon les professionnels.
Porcs.
Le prix du porc atteint aussi un niveau «très critique», dépassant à peine 1euro le kilo de carcasse, alors que le prix d'équilibre se situerait autour de 1,15 le kilo. Une moindre consommation de viande et aussi les difficultés à exporter sont à l'origine des difficultés de la filière.
Viticulture.
En 2008, les revenus ont baissé entre 22% et 35% selon les productions, avec une chute marquée dans le Languedoc-Roussillon, le plus grand vignoble de France.
