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Affaire Tapie. François Bayrou contre l'argent-roi

28 juillet 2008

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Si François Bayrou part en croisade contre un possible remboursement de Bernard Tapie par le Crédit Lyonnais, c'est pour mieux fustiger l'argent-roi et surtout exister sur la scène politique. « Les années fric et toc ». Ainsi le procureur de Valenciennes Eric de Mongolfier (aujourd'hui à Nice) qualifiait-il les années 90 - celles où François Mitterrand, séduit par l'autodidacte Bernard Tapie, en faisait un ministre de Pierre Beregovoy et un « missile » contre son ancien Premier ministre Michel Rocard, abattu en plein vol lors d'une campagne européenne.

Les Français aiment les rebelles

Dans ces années-là, éclatait l'affaire de corruption des joueurs de foot de Valenciennes par le patron de l'Olympique de Marseille. Lionel Jospin déplorait des « fréquentations douteuses ». Or, les Français, s'ils réprouvent la corruption dans le sport et l'argent trop voyant, adorent les rebelles - surtout si ceux-ci sont victimes des banques, qu'ils détestent. Après quinze ans d'épreuves, Tapie leur est donc redevenu sympathique. Si, comme c'est prévisible, la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, annonce aujourd'hui que l'affaire qui opposait l'ancien repreneur d'Adidas au Crédit Lyonnais est close - l'Etat ne remettant pas en cause la « sentence arbitrale » prononcée par trois grands juristes, dont le gaulliste Pierre Mazeaud, ancien président du Conseil constitutionnel - Tapie empochera donc 285 millions d'euros, sur lesquels il touchera « seulement » 20 millions d'euros. Mais François Bayrou, défait à Pau par la volonté de Nicolas Sarkozy, a juré de se venger. « L'argent-roi, dit-il, a toujours existé. Mais jamais on ne l'avait laissé gouverner à ce point le pays ».

Un « arbitrage interdit »

Epaulé par Jean Peyrelevade, qui fut patron du Crédit Lyonnais de 1993 à 2001, le président du Modem est donc parti en guerre contre une décision qui illustre, selon lui, la « collusion » Tapie-Sarkozy, le pillage des deniers du contribuable et un déni de Justice : « Quand les intérêts de l'Etat et du contribuable sont en jeu, écrit-il dans Le Monde, l'arbitrage est interdit ». Juridiquement, Bayrou se trompe : les secteurs public et privé sont tellement imbriqués que l'arbitrage était la seule solution. Mais politiquement, il joue bien : il se fait entendre, alors que les socialistes, assommés par leur échec contre la réforme constitutionnelle, sont inaudibles.

« Le dernier des gaullistes »

Il touche la gauche « morale » - celle d'un Peyrelevade, fils d'instituteurs promu au cabinet du Premier ministre Pierre Mauroy avant de jouer le bouc émissaire dans une affaire de compagnie américaine rachetée illégalement, avant lui, par le Crédit Lyonnais - ce qui allait coûter au contribuable français une amende de 525 millions de dollars. Bayrou plaît aussi au FN, dont le discours anti « establishment » vaut celui d'Olivier Besancenot. Il espère, enfin séduire les déçus du sarkozysme. « Je serai, clame-t-il, le dernier des gaullistes ».

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