5 novembre 2008
Une envie de changement et le rêve surtout de voir arriver, pour la première fois à la Maison Blanche, un candidat de leur couleur : la communauté noire de Harlem était pleine d'espoir, hier matin, devant les bureaux de vote.
De notre envoyé spécial à New York.
Au coeur d'Harlem, sur la 125 e rue, s'élève un bâtiment plus haut, plus moderne que les autres : il abrite des bureaux d'Etat et porte le nom d'Adam Clayton Powell, Jr, le premier noir de Harlem devenu membre du Congrès américain. C'était en 1944. Soixante-quatre ans plus tard, Rose était présente aux portes du bâtiment dès l'ouverture, à 6 h du matin, du bureau de vote qui y a pris place. Equipée de son déambulateur, cette grande et forte femme noire de 75 ans s'est servie avec dextérité de la machine à voter : elle a de l'expérience car cette ancienne employée de la chaîne américaine de télévision CBS n'a jamais raté une élection. Mais cette année, c'est un peu spécial : son candidat, Barack Obama, semble justifier des décennies de patience : « Ma grand-mère, ma mère auraient voulu vivre ce moment mais c'est finalement moi qui le vois. Je viens de Géorgie et dans cet Etat, les Noirs ont subi beaucoup d'avanies. Et dans l'ensemble du pays, nous avons été à l'arrière-plan pendant si longtemps. Cette fois, nous voulons être devant ».
S'asseoir enfin « dans le siège de pilote »
Fine et élancée dans son jogging gris, Monique, 24 ans, ne cache pas sa joie de sentir enfin possible l'accession d'un Afro-Américain à la présidence : « Le fait qu'il soit noir représente un gros facteur dans mon choix : il est temps pour nous de nous asseoir dans le siège du pilote ». « Moi aussi, je vais voter pour Barack, mais pas parce qu'il est noir ! », explique Walter, 68 ans, agent administratif à la retraite, « Ce que j'espère, c'est un changement de gouvernement, pas de couleur ! ». Neal, 34 ans, employé de la ville de New York, opine : « Les huit années d'administration Bush ont détruit ce pays. On a besoin d'un changement, on a besoin que le travail soit fait, quelle que soit la couleur de celui qui le fait ». Sous son panama blanc, Raymon, un musicien de 43 ans, veut malgré tout rappeler qu'il s'agit d'un jour historique : « Pour les familles afro-américaines, voir Michelle et Barack Obama entrer à la Maison Blanche, c'est l'accomplissement d'un rêve, celui de Martin Luther King ! »
« L'amorce d'un changement »
Deux rues plus loin, dans la 127 e , la file d'attente est déjà très longue. Blessé au moment du 11 septembre, Mac, 62 ans, est venu voter en fauteuil roulant. Il veut voir partir Bush et ceux qui lui ressemblent : « Ils ne pensent qu'à la guerre ! Moi, j'ai vécu celle du Vietnam et je veux que celle d'Irak cesse ! ». En bout de file, Elizabeth, 38 ans, sait qu'elle devra attendre environ une heure avant de voter. Mais elle estime que ça en vaut la peine : « Nous sommes arrivés ici en tant qu'esclaves, alors évidemment que c'est important de voir un noir gagner. Mais cette élection n'est pas un aboutissement, c'est l'amorce d'un changement ! ».
