9 novembre 2009 à 12h22
Thomas Coville en direct de Groupama 3. Les conditions météorologiques sont toujours favorables pour Groupama 3 qui ce lundi matin était déjà à la latitude de l'archipel du Cap-Vert. Son avance sur le tableau de marche d'Orange 2 de Bruno Peyron, détenteur du record, dépasse 360 milles, quasiment une journée et demie de mieux. Franck Cammas et son équipage sont toujours en « phase turbo » en ce début de semaine : ils ont parcouru 2.185 milles depuis leur départ de Ouessant jeudi après-midi. En direct depuis le trimaran Thomas Coville nous livre les nouvelles du bord.
" Il est 4h17 du matin, on vient de renvoyer la grand voile en tête. Steve( Ravussin ) Nono ( Bruno Jeanjean ) et moi sommes de quart de stand by, cela veut dire que nous sommes à disposition pour toutes manœuvres éventuelles. A la demande du quart sur le pont, on intervient surtout pour tourner les manivelles qui permettent de faire tourner les winchs. Nous étions tous les trois plongés dans un profond sommeil malgré le moteur qui tourne pour refaire le plein d'énergie pour les batteries et le plein d'eau fourni par le dessalinisateur. La température à l'intérieur monte alors encore de quelques degrés et trouver sa position pour dormir sans trop transpirer n'est pas chose facile à ces latitudes. Sur la bannette, sorte de matelas de toile superposé, les corps roulent à chaque mouvement du bateau et il faut trouver le bon compromis entre être complètement détendu et ne pas tomber en roulant.
Debout les gars !
Ronan est descendu, a allumé la lumière qui éclaire la zone de vie et, de sa bonne voix, a jeté d'un ton ferme "debout les gars, on renvoie la grand voile!". Là, il n'y a pas 3 heures pour se réveiller, c'est maintenant et tout de suite ! A peine réveillé tu es dehors, au large des Iles du cap vert pas besoin de ciré, bottes et de protection de tout genre, l'air frais fait du bien. Instinctivement comme un pompier volontaire les mains sur les manivelles, tu es prêt .
"Il est où Steve?" me lâche Nono encore bien "ensuqué". Je retourne à l'intérieur et retrouve "mon" Steve enroulé sur lui même. Je le secoue et le réveille cette fois. Le diable sort alors de son sommeil et monte en criant. Stan, notre navigateur américain est là aussi pour certaines manœuvres et je crois parfois qu'il hallucine.
La manœuvre est bien rodée et chacun sait ce qu'il a à faire. Les lampes frontales sont comme des lucioles à points rouges dans la nuit et juste quelques mots fusent pour ponctuer l'action. Manœuvrer au bout de quelques jours lorsque tout roule devient un vrai plaisir physique, une mêlée de rugby où tout le monde pousse ensemble dans le même sens : le Sud. Au bout de quelques minutes, le bateau réaccélère. Nous sommes sur la route et ça glisse.
"Ce bateau est fantastique"
Maintenant totalement réveillé par l'effort, je lève la tête et le ciel étoilé, ponctué de quelques masses sombres des nuages d'alizés, m'offre un spectacle dont je ne me lasse jamais. Je recule de quelques pas, m'accroche au bord de la barre d'écoute. D'ici j'ai une vue sur tout Groupama 3 qui rentre dans la nuit. La lune décroît mais nous éclaire encore assez pour tout bien distinguer. Les voiles, le mât, la bôme, les bras, les flotteurs ... ce bateau est fantastique, je réalise la chance que j'ai d'être à bord. Le sillage photoluminescent trace son sillon. A part la première nuit, tout se passe comme prévu depuis le départ, je sais que nous mangeons notre pain blanc mais tout ce qui est pris n'est pus à prendre alors profitons-en!
Dans quelques jours l'équateur et des manœuvres comme ce soir, il va y en avoir beaucoup. Puis le vif du sujet vers les latitudes australes. Souvent je repense à la dernière fois que je suis passé là, j'étais seul sur Sodebo. Une autre histoire! J'ai encore quelques minutes devant moi alors je vais tenter de reprendre le cours de mes rêves, où ça va vite et où ça glisse!
A+ Thomas Coville
Brest ville. Escale au port du Château. La belle ligne du Windpearl