4 juillet 2009 à 10h36
Il est là et bien là. Quatre ans après avoir fait ses adieux (victorieux) au Tour de France, Lance Armstrong sera au départ de la 96eédition, cet après-midi à Monaco. Peut-il ajouter une huitième Grande Boucle à son palmarès? That is the big question.
Lance Armstrong est-il capable de battre Firmin Lambot? Non, non, ne cherchez pas le numéro de dossard de ce coureur sur la liste des engagés. Le Belge est l'homme qui a remporté le Tour à l'âge le plus avancé. Il avait 36 ans et 4 mois en 1922. Son record tomberait le 26juillet prochain si Armstrong (38 ans en septembre) montait sur la plus haute marche du podium à Paris.
«Oui, il peut... »
Son âge justement, une absence des pelotons pendant trois ans et demi et une fracture de la clavicule au printemps sont autant de facteurs qui incitent à penser que l'Américain ne poussera pas le Belge à se retourner dans sa tombe. Ces arguments sont valables pour le commun des mortels mais Armstrong, c'est Armstrong. Tout, chez lui, est hors du commun. Son potentiel physique, son mental, sa capacité à se préparer, sa personnalité... Alors, en employant une formule à la mode dans son pays, certains sont tentés de répondre: «Oui, il peut... » C'est l'avis de Marc Madiot: «Il en a gagné sept sur une patte, il peut bien en gagner un huitième sur une demi-patte». Avec le manager de la Française des Jeux, on n'est jamais déçu. Il a le sens de la formule et il argumente: «Après s'être cassé la clavicule, il s'est classé 12edu Tour d'Italie en jouant un rôle d'équipier. Objectivement, il a ce qu'il faut pour gagner. Le plus apte à le battre, c'est Contador, mais Contador est dans son équipe... Ce n'est pas Armstrong qui est dans l'équipe de Contador». On a capté la nuance. Vincent Lavenu, manager d'AG2R-La Mondiale, souligne aussi «la gestion humaine assez compliquée de ces deux leaders. A mon avis, Contador est le meilleur coureur du monde mais, dans Paris-Nice, il a fait preuve de beaucoup de nervosité. S'il le souhaite, Armstrong peut le déstabiliser car, lui, il a un mental hors normes». Cependant, Lavenu ne voit pas l'Américain sur le podium à Paris. «Contador lui est supérieur et, en haute montagne, Menchov et Sastre seront également au-dessus de lui. Je crois qu'il subit le poids des ans et je le voyais mieux terminer le Giro que ça.»
Faux débat ?
Ce n'est pas l'avis de Cyrille Guimard, l'ancien mentor d'Hinault et Fignon. «Je l'ai trouvé appliqué, travailleur, conscient de ce qu'il cherchait: il est allé à la limite de la souffrance pour obliger son organisme à progresser.» Assez pour gagner le Tour? «Là, répond Guimard, il faut faire une analyse psychologique de la course. Comment vont réagir leurs adversaires face aux coéquipiers, entre guillemets, que sont l'Américain et l'Espagnol? Vont-ils se caler sur Armstrong et laisser partir Contador ou le contraire? De toute façon, la nature va parler, on ne fait pas cohabiter un lion et un tigre et il n'y a jamais deux cerfs dominants dans une harde.» Autre avis autorisé, celui de Bjarne Riis... Après lui avoir rendu un vibrant hommage jeudi en conférence de presse («C'est bien qu'il soit revenu, c'est bien pour notre sport et il n'est pas trop vieux pour gagner»), le boss des Saxo-Bank a lâché: «Quand je vois ce que font les frères Schleck en montagne, je me dis que ce n'est pas possible qu'il les batte». Et si la question «Armstrong peut-il gagner le Tour?» n'engendrait qu'un faux débat? Et si l'Américain n'avait pour but que de faire de la pub pour sa fondation (Livestrong) soutenant la lutte contre le cancer tout en comblant son déficit de popularité dans l'Hexagone? Difficile d'y croire quand on connaît son tempérament de gagneur, de killer même. «S'il gagnait, ce serait triste car le vélo a besoin de tourner une page», commente Armand Mégret, le médecin fédéral. Le Perrosien a raison car, depuis les révélations du journal L'Equipe sur son recours à l'EPO dans le Tour de France 1999, des nuages lourds de gros doutes planent au-dessus de toutes ses performances. Passées et à venir...
Gare à la chute !
Cela dit, le Texan n'est jamais tombé pour dopage. En revanche, fait nouveau, il tombe au sens propre du terme. Ce fut le cas, le 23mars, dans la première étape du Tour de Castille-Leon où il s'occasionna la fracture de la clavicule la plus célèbre de l'année. Elle n'avait pas étonné les observateurs tant, en début de saison, il semblait raide sur son vélo. «Son style était moins fluide. C'est logique après une si longue absence, précise Cyrille Guimard. Au fil des courses, il a progressé mais il a perdu des millièmes de seconde de temps de réaction. Ça se reprend, mais pas complètement. Disons qu'il a retrouvé deux des quatre millièmes qui lui manquaient. Et ces deux millièmes qui lui font encore défaut peuvent lui faire toucher la roue du coureur qui le précède.» Alors, à bientôt 38 ans, ce père de quatre enfants (dont un né au début du mois dernier) est-il capable de prendre toujours autant de risques? Le retour le plus médiatisé du siècle n'amène décidément que des questions.
Entraîneur à la Française des Jeux et maître de conférences, le Bisontin Fred Grappe a analysé avec une précision de scientifique la prestation de Lance Armstrong au Tour d'Italie. Elle est riche d'enseignements.
«Pour Armstrong, le seul moyen de retrouver son potentiel, c'était de se tester. Il l'a fait à l'entraînement mais le Giro était, pour lui, un test grandeur nature. Par moments, il a rehaussé son niveau, sur une durée plus courte que naguère certes, mais suffisante pour être fixé», déclare Grappe.
Tout le monde a en mémoire son attaque en montagne lors de la troisième semaine. Dans l'étape qui menait au Blockhaus, il est parti à la poursuite de Pellizotti et les observateurs ont retenu qu'il avait vite replié ses ailes. Cela dit, il n'avait pas sombré et s'était même classé 10e de l'étape.
Grappe analyse: «Beaucoup se sont dit:''Mais qu'est-ce qu'il fout?''. En réalité, il savait exactement ce qu'il faisait et, à mon avis, il était capable de prévoir à une minute près le temps qu'il allait tenir. Il est allé chercher des informations sur ce qu'il avait en magasin et a dû être satisfait car cet effort en troisième semaine lui a donné une réponse positive. Ensuite, il a parfaitement bien géré la fin de Giro. S'il l'avait terminé épuisé, cela aurait été plus compliqué de reconstruire pour un autre Tour». Et Grappe de qualifier l'Américain de «monstre d'intelligence qui se connaît par coeur».
Au Giro, l'entraîneur des coureurs de Marc Madiot a également scruté la façon de pédaler de l'Américain. «Sa technique, sa cadence et sa fréquence étaient toujours là mais ça se dégradait avec la fatigue.» Cela dit, le Tour d'Italie s'est terminé le 31mai et, depuis, on imagine que le septuple vainqueur de la Grande Boucle a beaucoup travaillé. «Il a dû perdre deux kilos et rehausser son potentiel physique. Et comme les cols du Tour lui conviennent mieux que ceux du Giro et qu'il supporte très bien la chaleur, on peut avoir affaire à un Armstrong qui serait à 95% de ce qu'il était en 2005», annonce Grappe. Il est évident que cet Armstrong-là serait un vainqueur potentiel du Tour. «Dans sa carrière, il a toujours su gérer et il gagnait un peu comme un automate. Cette fois, il va sans doute devoir en faire un peu plus», prévoit le Bisontin.
Il retrouverait ainsi une dimension humaine qui lui attirerait les faveurs du public. Bref, Lance Armstrong est capable de tout: gagner et séduire...
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