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«Si nous partons, les talibans reviennent»

29 octobre 2009

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Pour le colonel Francis Chanson, chef de la Task Force Korrigan en Kapisa, précédent chef de corps du 3eRIMa de Vannes, l'utilité de la présence française ne fait «aucun doute». Il explique aussi comment réagit l'ennemi, sur le terrain.

Comment se portent les troupes après quatre mois d'épreuves parfois très dures en Kapisa? La fatigue semble se faire sentir.
Elles ont accompli un travail admirable. Sans repos, sans loisirs, sans week-end. Malgré la fatigue naturellement présente, nous restons tous très concentrés sur nos opérations. Le retour sera très apprécié...

Justement, vous rentrez quand? Le 3eRIMa sera-t-il à nouveau mis à contribution en 2011, comme cela se murmure?
Tous les éléments de la Task Force Korrigan seront de retour en France pour la mi-décembre. Je doute fort que le «3» revienne en Afghanistan. Il faut généralement quatre ou cinq ans pour que le tour des régiments sollicités soit bouclé. S'il devait y avoir un retour, peu probable, ce ne serait donc pas avant 2013, au plus tôt.

Quel premier bilan tirez-vous de votre engagement?
La situation est très calme en Surobi (Ndlr, dans la région où dix soldats français, à Uzbeen, avaient été tués en août2008), au sud de la Kapisa. Ce n'est pas le cas chez nous, même si elle reste sous contrôle. La zone d'influence des insurgés ne s'est pas étendue. Au contraire. Nous avons installé de nouveaux postes permanents de l'armée afghane, là où, auparavant, ils régnaient en maître. La zone n'est pas totalement sûre, mais on parvient à instaurer du développement, avec la création de routes et de l'aide à la population. On a fait tout ça en moins d'un an. C'est très court. Les progrès sont lents, mais certains.

On parle d'insurgés, de rebelles, de talibans, d'al-Qaïda... Tout ça est un peu confus. Qui avez-vous en face de vous?
Ici, nous avons affaire à quelques chefs effectivement connectés au mouvement taliban, avec une vraie idéologie. La plupart des insurgés que nous trouvons sur notre route sont issus de simples bandes criminelles, qui se greffent opportunément à la lutte des talibans. Ces groupes armés vivent du racket et de kidnappings. En Kapisa, la population est relativement riche (agriculture), comparée au reste du pays. Il y a aussi la manne financière des aides internationales qui suscitent la convoitise. Et notre présence ici les gêne beaucoup.

Quel est le profil des insurgés? Est-ce que vous devez faire face à de simples paysans en sandales, comme cela a pu être dit?
Notre ennemi, c'est un type âgé entre 18 et 35ans, souvent à la barbe noire, en tenue traditionnelle, tennis aux pieds, Kalachnikov ou RPG-7 (lance-roquettes) dans le dos. Le jour, ils sont cachés au sein de la population. La nuit, ils se réfugient dans les montagnes. Ce n'est pas le paysan tranquille du coin. Sur 350.000 habitants de la région, on compte entre 300 et 400 insurgés. En hiver, c'est plus calme. Les insurgés en profitent pour recruter et accumuler les munitions. La neige et le froid rendent les déplacements très difficiles, voire impossibles, sur les cols qui mènent au Pakistan. Il n'y a plus d'endroit où se cacher dans les vallées. En été, sur certains sites, on ne voit pas au-delà de 40m, tant la végétation peut y être dense.

Les gens ont du mal à comprendre pourquoi la France envoie ses soldats en Afghanistan. En quoi lutter contre ces bandes armées locales est un combat contre le terrorisme international?
Les talibans, quand ils tenaient le pays, ont accueilli et soutenu al-Qaïda. En 2001, il y avait encore ici de grands camps d'entraînement. On sait très précisément aujourd'hui que c'est d'ici que sont partis tous les grands attentats commis entre2001 et2005. Depuis, aucun majeur en Occident. Notre présence a donc un impact direct. Ça marche! Alors, l'équation est simple: si nous partons maintenant, les talibans reviendront. Al-Qaïda aussi. L'organisation terroriste pourra à nouveau entraîner ses troupes, et coordonner des attentats majeurs jusqu'en Europe. C'est une certitude.

Vous affirmez que la situation est sous contrôle, mais tous les jours ou presque, on assiste à des scènes de guerre. Malgré les coups portés, les insurgés reviennent toujours à la charge. Ce «jeu» du chat et de la souris semble sans fin...
L'ennemi est plus petit, plus fragile, mais plus mobile que le chat. Et il se reproduit. Mais le but n'est pas d'anéantir la souris. Le principe consiste à faire renoncer l'adversaire. On est plus fort que lui. On a la technologie. À terme, la cause rebelle deviendra une cause perdue.

Pour cela, il vous faut gagner «les coeurs et les esprits». Dans les villages, des enfants vous saluent. Mais d'autres vous lancent des pierres...
La population reste réservée. Elle ne tient pas à s'afficher ouvertement avec nous. C'est compréhensible. Il y a aussi encore ceux qui pensent qu'avec les talibans, il y avait, certes, moins de libertés, mais plus d'«ordre». C'est à nous de faire basculer ce sentiment. Quand la population refoulera d'elle-même les rebelles, nous aurons gagné. Un exemple encourageant: un grand nombre des IED que nous trouvons le sont grâce aux renseignements que nous fournit la population(*).

(*) Lorsque les IED en question menacent leur environnement (travail, habitation...). Quand cela n'est pas le cas, ils sont beaucoup plus «réservés».

  • Propos recueillis par H. Ch.

Sept morts, 43 blessés en quatre mois et demi

Depuis son arrivée en juin, la Task Force Korrigan paie un très lourd tribut à l'engagement français en Afghanistan: sept morts (dont cinq du 3e RIMa de Vannes), 43 blessés au feu, dont 15 évacués en France. «Les blessés vont tous bien. Les soldats brûlés cicatrisent très bien. Les greffes de peau ont bien pris, rapporte le médecin-chef du 3e RIMa, le commandant Loïc. Normalement, il ne devrait pas y avoir de séquelles. Pour les trois blessés par balles (épaule, bras et jambe), la chirurgie a été efficace. Nous nous rendons compte de l'efficacité des gilets pare-balles (un simple gros bleu en cas d'impact). La plupart des blessés l'ont été à cause du blast (souffle d'une explosion) consécutif à cinq attaques par IED -engins explosifs improvisés- et à trois tirs de roquettes Chicom. Les VAB (véhicules de l'avant blindé), grâce à la forme en V de leur bas de caisse (véhicule amphibie), encaissent plutôt bien les explosions.» Sur les cinq VAB qui ont sauté sur des IED, seul un a explosé et brûlé, causant la mort de trois soldats (un mort et dix blessés initialement). «C'est une énorme malchance, expliquent tous les officiers que nous avons rencontrés. La charge a explosé très exactement à la jonction du moteur et du réservoir d'essence.» Vu le nombre d'embuscades (une tous les deux jours, un IED découvert tous les trois jours), et le nombre de roquettes insurgées qui ratent leurs cibles, parfois de peu, le bilan pourrait être beaucoup plus lourd.

  • H. Ch.
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«L'ennemi est plus petit, plus fragile, mais plus mobile que nous. Mais le but n'est pas de l'anéantir.» Le principe consiste à le faire renoncer.»

  • Colonel Francis Chanson chef de la Task Force Korrigan en Kapisa

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