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Piraterie. Le SOS des pêcheurs

15 septembre 2008

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Après l'attaque, samedi, d'un thonier concarnois au large des côtes somaliennes, son capitaine, et plus généralement les armements français de pêche au thon, demandent aux marines occidentales de traquer les pirates dans cette zone stratégique pour eux.

Patrick Heliès fait « ce métier depuis dix ans » et n'a « jamais vu ça ». Joint, hier, par téléphone, le capitaine du thonier concarnois attaqué à la roquette, samedi, par des pirates, à 420 milles des côtes somaliennes (Le Télégramme d'hier), raconte : « Après notre opération de pêche, nous faisions route depuis dix minutes environ lorsque nous avons été suivis par deux petites embarcations rapides. Chacune comptait quatre à cinq pirates qui ont essayé de monter à bord. La mer n'était pas très bonne et grâce à des coups de barres à bâbord et à tribord, nous avons pu les empêcher de monter ». 

Une roquette récupérée
Encore choqué, le capitaine du Drennec, de l'armement CMB, poursuit : « Après cette attaque, les embarcations des pirates ont stoppé et nous avons essuyé trois tirs de roquettes, dont une qui est passée à proximité de la passerelle. Personne de l'équipage n'a été blessé et le bateau n'a pas de dégâts apparents. Nous avons néanmoins ressenti une secousse, peut-être lorsqu'une des roquettes a touché l'eau. Sur la passerelle, nous en avons récupéré une. Nous avons pris une photo de l'objet pour les spécialistes militaires et l'avons rejeté à la mer, c'était trop dangereux. Maintenant, nous rentrons au port pour vérifier le bateau et surtout pour nous reposer ». 

Un climat de peur

« Si nous avions été en pêche, à dix minutes près, on ne pouvait rien faire et une fois les pirates montés à bord, il est impossible de réagir », explique Patrick Heliès. « En tant que marin, nous ne pouvons plus aller pêcher avec autant de risques. Il y a trois jours, un thonier espagnol, le Playa de Anzoras, a été coursé par des embarcations rapides et il y a trois mois (NDLR : en avril), un autre thonier espagnol, le Playa Bakio, a également été victime de tirs de lance-roquettes. L'une d'elle a atteint la passerelle. Contraint d'arrêter le bateau, l'équipage a été pris par les pirates. L'armateur a dû payer une rançon pour libérer les marins. Le capitaine du bateau a tellement été choqué, qu'il a démissionné de son poste », explique Patrick Heliès. 

Un problème à éradiquer

« J'ai demandé à des militaires qui se trouvaient sur zone, s'il était possible d'envoyer un avion pour pouvoir identifier les pirates. On m'a répondu que non. La piraterie est un vrai problème qu'il faut prendre en compte. Il faut plus de moyens pour assurer la protection des marins qui travaillent dans cette zone et aussi agir sur ce phénomène de piraterie qui va en s'intensifiant. Nous ne pêchons pas dans la zone nord de la Somalie, qui est le fief des pirates, mais plus au sud. Mais nous ne sommes pas en sécurité. Il faut savoir qu'aujourd'hui, les pétroliers font un détour de plus de 350 milles pour éviter la zone », explique le capitaine. 

Protestation

Hier, vers 16 h, le thonier de Patrick Heliès, avec à son bord 24 marins dont huit Français qui viennent, pour la plupart, du Sud-Finistère, a regagné son port d'attache à Mahé, aux Seychelles sur ordre de l'armateur. Une vingtaine de navires de pêche français, dont 16 sont gérés par la CMB, sont actifs dans cette zone de pêche. Tous font actuellement route vers Les Seychelles pour protester contre l'insécurité qui règnent dans l'exercice de leur métier.

  • Sophie Desplancques

Michel Barnier demande une réunion d'urgence

Hier, l e ministre de l ' Agriculture, Michel Barnier, a demandé au Premier ministre François Fillon d ' organiser « une réunion d ' urgence » à propos de la piraterie maritime , avec les ministères concernés (ministère de la Défense et ministère des Affaires étrangères) « afin de déterminer les mesures susceptibles d ' être mises en oeuvre rapidement pour sécuriser l ' activité des navires et de leurs équipages opérant dans les eaux internationales de l ' océan Indien ». Le ministre « souhaite également que des solutions soient recherchées au niveau communautaire durant la présidence française de l ' Union européenne pour les 55 navires européens pêchant dans cette zone ».

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