16 septembre 2008
L'amiral Philippe Sautter, commandant les 115 navires des forces navales françaises, faisait ses adieux, hier, aux marins brestois. Il a trouvé le temps de revenir sur la question de la piraterie dans l'océan Indien.
Comment maintenir la présence française et son action loin de ses bases, dans un contexte de sérieux resserrement budgétaire ?
C'est effectivement une équation difficile à résoudre, mais nous disposons de navires déjà sur place, entre La Réunion et Djibouti. Nos avisos et nos frégates, basés à Brest et à Toulon, ont aussi montré qu'ils pouvaient être déployés en renfort. L'idéal serait de pouvoir disposer de davantage de frégates ou de patrouilleurs hauturiers suffisamment armés pour parer aux situations les plus délicates. Une flotte de 18 à 20 patrouilleurs que l'on pourrait mettre en construction autour de 2015.
La Marine française devra-t-elle muscler ses interventions ?
C'est déjà le cas, nous n'hésitons pas à tirer au cours de nos missions de sécurisation des convois humanitaires, par exemple. Mais, en général, la simple vue d'un bateau gris décourage toute action de piraterie. On ne peut malheureusement être partout et derrière chaque navire...
La France doit-elle renforcer sa présence sur zone ?
Nous avons montré la voie en initiant l'accompagnement des convois humanitaires en Somalie. Il faut aujourd'hui s'appuyer sur une collaboration européenne.
On ne pourra jamais mettre un bateau militaire derrière chaque cargo ou voilier de luxe croisant dans la zone...
En effet, mais on peut aussi faire embarquer sur ces navires des hommes en arme, des civils ou des militaires. On peut aussi faire appareiller des bateaux leurres, des navires pièges remplis de commandos à l'intérieur.
Cette piraterie a-t-elle changé de visage dans cette zone connue pour cela depuis toujours ?
L'équipement, l'entraînement et la détermination de certaines bandes armées ont, semble-t-il, progressé, grâce notamment à l'argent récolté lors des dernières et fructueuses prises d'otages. Mais cela reste, d'après ce que nous en savons, des organisations isolées, sans aucun lien avec les organisations majeures du terrorisme.
Les marins français seront-ils davantage exposés au cours de ce genre de mission ?
Probablement, vu le niveau d'armement de certains pirates. Mais il faut relativiser ce risque. Je reste persuadé que nos bâtiments sauront les dissuader à temps, les mettre en fuite, les intercepter ou les détruire avant, s'il le faut.
