16 avril 2008
Thibault Garrec et Médéric Levaltier ont retrouvé, hier, leurs familles. L'un à Plomeur et l'autre à Plouhinec. Après sept jours de détention à bord du Ponant, tous les deux n'aspirent qu'à une chose : tourner la page.
« La mer, c'est ma vie, c'est mon métier. Pirate ou pas pirate. Alors je repartirai en mer. La prochaine fois, ce sera sur un porte-conteneurs, comme ça, ils ne nous attraperont pas. » Thibault Garrec, grand gaillard de 20 ans, n'a pas perdu le sourire. Tout juste sorti du lycée maritime du Guilvinec en juin dernier, Le Ponant était son premier embarquement. Il l'avait rejoint le 9 janvier aux Seychelles. Le début d'une carrière de marin qui s'annonçait paisible, dans l'océan Indien. Jusqu'à cette prise d'otages.
En famille
« On se croyait dans un film, surtout pendant les premières heures. Ils nous avaient regroupés sur le sun deck (le pont arrière découvert) », explique le jeune matelot. « Au début, ils ont eu peur. Mais ensuite ils ont été bien traités », confirme Valérie, sa maman. Une longue semaine passée à manger du riz, « les derniers vivres du bord », expliquée en détail, lundi soir à ses parents. Sans apparentes menaces des preneurs d'otages : « Le cuistot, lui, devait aller en cuisine avec une kalachnikov dans le dos ». Une façon de surveiller ses couteaux. Il n'en dira pas beaucoup plus.
A nouveau réunie
« Ce qui s'est passé sur le Ponant, est resté sur le Ponant », explique-t-il, soucieux de tourner la page de cette mésaventure. « Les retrouvailles, c'est le moment qu'on attendait. On s'est blotti... Je crois qu'on ne s'est rien dit », témoigne son père, Ronan. « Un mauvais film de huit jours » terminé lundi dans un salon de l'aéroport d'Orly, après le protocole. « Là, il nous a expliqué des choses qu'on ne dira jamais », poursuit-il. Hier matin, après une dernière nuit à Paris, la famille, à nouveau réunie, a retrouvé Plomeur. « Ce n'était pas notre monde, il était temps de revenir dans notre univers ». Mais pas de tout oublier. Ronan Garrec renouvelle, à qui veut l'entendre, ses remerciements à ceux qui ont permis ce dénouement heureux de la prise d'otage et qui l'ont soutenu, lui et sa famille. Il n'espère qu'une chose, désormais : « Il faut faire en sorte que les pirates soient jugés en France ».
La vie reprend
L'heure est maintenant aux vacances. « Des vacances méritées après trois mois d'embarquement et une semaine de prise d'otages », plaisante Thibault. Aux côtés de son frère et ses soeurs et de ses parents il entend reprendre une vie normale. Une vie désormais différente pour son papa : « Je n'ai plus l'intention de vivre comme avant. Quelque chose a changé dans ma vie. On va d'ailleurs faire une grande fête pour remercier tout le monde ». Thibault, lui, devait retrouver ses copains du hand dès hier soir. Sans sa licence sportive, volée parmi quelques effets personnels par les pirates somaliens.
Médéric Levaltier, 33 ans, était maître d'hôtel à bord du Ponant. Sous le regard protecteur de sa mère, il raconte ces sept jours « dans une bulle » : la solidarité entre membres d'équipage, la vie à bord, ses peurs...
« On est tous saufs et c'est le principal. C'est le sentiment de tout le monde », admet Médéric Levaltier à sa descente de l'avion, à Pluguffan. Il insiste sur l'esprit de solidarité entre les otages. « Pendant la détention, nous étions groupés. On a tous eu une pensée pour Ingrid Bétancourt qui, elle, a subi quelque chose de plus fort. Cela fait six ans qu'elle est détenue, nous qu'une semaine ». « On était un groupe soudé, poursuit ce dernier, de façon à se soutenir entre nous. On a tous été très forts, pas un n'a craqué ». Et quand on lui demande s'il a connu la peur, il répond « bizarrement, je n'ai pas eu peur de la mort » tout en avouant que « la peur, elle est toujours présente ». Pour lui d'ailleurs, la question de réembarquer ou pas se pose encore. « Pour l'instant, c'est vacances après on analyse. Ce n'est pas encore en vue, il faut peser le pour et le contre ».
« On était une bonne monnaie d'échange »
Même s'ils ont été plutôt bien traités. « Ils ont utilisé leurs armes au début pour nous intimider. Ils étaient omniprésents et ont tenu à nous protéger car on était une bonne monnaie d'échange ». « On était à l'étage du bateau, à l'abri du soleil car les pirates prenaient soin de nous. On n'était ni enchaînés ni encagoulés ; on a eu de la chance par rapport à d'autres. Ils nous descendaient la nuit au chaud. On a passé la première nuit dehors, on avait des couettes mais il faisait froid ».
Toujours confiants
De la présence de la Marine nationale, ils ne savent alors pas grand-chose. « On a vu un bateau. On ne savait pas ce qui se tramait. On était dans une bulle », explique Médéric qui tient à remercier ceux qui ont oeuvré pour leur libération « de la cellule jusqu'aux personnes qui nous sont proches ». Et il ne résiste pas à raconter l'histoire touchante de son filleul, Paul, 9 ans que sa maman a récupéré sur la route, car, aussitôt qu'il a su, il a fait sa valise pour venir le chercher. Dans le hall de l'aéroport de Pluguffan, ses amis venus l'attendre ont mis du champagne au frais. Il y a Yves, « son meilleur pote », à qui Maryse, sa mère très émue lance en le serrant dans ses bras : « J'avais dit que je ne reviendrais pas sans lui » mais aussi Glen qui reconnaît : « Cela a été un choc bien sûr mais on a toujours été confiants ».
Paris attend une « confirmation » somalienne pour acheminer en France les pirates du Ponant, détenus sur un navire militaire français, a indiqué, hier, le Premier ministre François Fillon. Une source proche du dossier a indiqué que les six pirates somaliens devaient arriver en France ce matin, par avion militaire.
Pirates détenus sur le Jean-Bart
Lundi, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, avait indiqué que le président somalien, Abdullahi Yusuf Ahmed, avait assuré Paris d'une réponse sur sa demande de pouvoir juger en France les pirates arrêtés. Le même jour, le gouvernement de transition du président Yusuf avait « applaudi » l'opération menée vendredi par l'armée française pour délivrer les otages du Ponant. Les pirates, capturés par les forces spéciales françaises vendredi au Puntland, région autonome autoproclamée de Somalie, ont été transférés à bord de la frégate Jean-Bart où ils sont détenus sous le régime de la rétention administrative.
En France, ils risquent la prison à perpétuité
Ils sont soupçonnés d'avoir pris d'assaut le voilier de luxe Le Ponant et retenu en otages les 30 membres de son équipage, 22 Français, 6 Philippins, une Ukrainienne et un Camerounais, rentrés à Paris lundi soir. Le parquet de Paris a ouvert, lundi, une enquête préliminaire pour « détournement de navire » et « arrestation et séquestration de plusieurs personnes comme otages en vue d ' obtenir une rançon » , le tout commis « en bande organisée », des chefs punis de la réclusion criminelle à perpétuité.
