8 avril 2008
Laurent Merrer, ancien préfet maritime de l'Atlantique, a déjà traité avec les pirates somaliens. Il transmet son expérience et la compare à l'affaire du Ponant.
En tant qu'ancien préfet maritime de l'Atlantique, vous avez eu l'occasion d'intervenir dans cette zone. Dans quelles circonstances ?
C'était en janvier 2002. A la suite des attentats du 11-Septembre, nous participions avec les Américains au dispositif de lutte contre le terrorisme, dans cette zone, lorsque nous avons entendu un appel en français. Il s'agissait d'un bateau de commerce libanais. « Nous avons été pris par des pirates il y a trois jours », a-t-on entendu. Nous étions le 17 janvier. La prise d'otages avait eu lieu le 14. La frégate Floréal a appareillé de La Réunion pour rejoindre la zone et essayer d'intervenir. C'était assez compliqué car le bateau était à proximité des eaux territoriales et l'Etat somalien ne répondait pas.
Comment ont réagi les pirates ?
Ils ont été concurrencés par une autre bande qui était prête à récupérer la rançon. Nous avons profité de la zizanie pour intervenir. Nous avons alors envoyé des hélicoptères armés. Nous n'avons pas tiré mais nous avons tout de même fait une démonstration de force. Nous avons réussi à libérer l'équipage - ils étaient 18 à bord - mais nous n'avons pas récupéré le bateau. Tout cela a duré 15 jours.
Dans l'affaire du Ponant, faut-il négocier ou pas avec les pirates ?
Ce qui est différent avec le Ponant, c'est qu'il s'agit de marins français, et que le gouvernement a pris en charge l'affaire. C'est extrêmement difficile. On a affaire à des gens qui ne reculent devant rien. Ils veulent de l'argent ! D'un autre côté, les otages, c'est leur capital. Il faut qu'ils le préservent. Une intervention serait très risquée, même si on sait faire. D'un autre côté, une rançon alimente ces gars-là, leurs armements, leur capacité de renseignement.
Que faire alors ?
Il faut se préparer à tout. Je pense qu'une action de vive force ne sera pas ordonnée. Ce que l'on peut dire, c'est que s'il y a des tractations, ce sera long.
