28 mai 2009
Sans l'arrivée de Claude Férec à Brest au début des années 80, ce congrès européen ne se serait jamais tenu à la pointe de Bretagne. Retour sur le parcours d'un chercheur aussi modeste que boulimique de travail.
Quelle a été votre formation?
J'ai commencé par faire pharmacie, mais je ne me voyais pas passer toute ma vie derrière un comptoir. Après mon diplôme, j'ai donc poursuivi en médecine, tout en préparant une thèse de sciences. J'avais envie de recherche, de faire du développement d'aller de l'avant. La génétique moléculaire était un nouveau champ qui s'ouvrait avec la découverte en 1982 des gènes HLA puis de celui de la myopathie de Duchenne. Le directeur de l'association de transfusion sanguine de Brest, Jean-Paul Saleün connaissait Jean Dausset, le prix Nobel de médecine, qui l'a incité à s'intéresser à ce domaine. Cette opportunité m'a permis de créer le laboratoire de biologie moléculaire brestois après une formation à Paris. À l'époque tout ça restait un peu ésotérique, il y avait très peu de laboratoires à travailler sur ce thème...
Pourquoi la mucoviscidose?
Tout est parti d'une rencontre avec Bernard Laurent, le père d'une enfant malade qui voulait que la recherche s'intéresse à la mucoviscidose particulièrement fréquente en Bretagne et qui est la maladie génétique grave la plus courante chez l'enfant. J'ai pris contact avec le Docteur Jehanne à Roscoff, la référence pour la prise en charge de ces enfants, qui m'a mis en relation avec les familles. Et j'ai commencé à aller faire des prélèvements sanguins, notamment dans les fermes du Léon. Les familles repliées sur elles-mêmes, vivaient cette maladie, dont on ignorait tout, comme une malédiction. C'était encore tabou à l'époque. Mais toutes ont accepté un prélèvement de sang.
La découverte du gène a soulevé un grand espoir?
Dans les années 86-87 nous avons couru, comme tous les laboratoires de recherche, après le gène de la mucoviscidose. Finalement, en septembre1989, c'est une équipe canadienne qui a réussi en premier à localiser le gène sur le chromosome 7. C'était vraiment comme une course de voiliers, nous étions tous bord à bord après des milles de course. Un consortium a alors été créé pour mettre en commun toutes les nouvelles données sur le gène. La surprise a été de constater sa variabilité, le nombre important de mutations différentes du gène, donnant des expressions différentes de la maladie chez les patients. À Brest, nous avons mis en évidence 250 des quelque 1.600 mutations différentes du gène. À l'époque, on a certainement péché par optimisme, on pensait que les choses pouvaient aller vite à partir de cette découverte.
Quel rôle a eu fin 1990 l'opération Télégramme?
Cela a permis de faire connaître la mucoviscidose et le laboratoire. Et financièrement, de recruter deux ingénieurs de recherche, de commencer à bâtir une équipe pour s'orienter vers la thérapie génique. En 1994, lorsque le laboratoire a été menacé de fermeture, en raison des problèmes de la transfusion, nous étions connus et 60.000 signatures ont été réunies en quelques jours. Grâce à l'association Gaétan Saleün (*) qui a créé ce laboratoire, il a pu ainsi continuer à se développer.
Que représente ce congrès?
Le fait que ce 32e congrès se tienne à Brest, alors qu'habituellement, cela se passe plutôt dans les capitales européennes est une reconnaissance, à la fois pour nous, mais aussi pour les familles et tous les bénévoles qui se sont mobilisés depuis des années pour collecter des fonds. J'en profite pour remercier très chaleureusement celles et ceux qui ont soutenu, soutiennent et soutiendront encore notre recherche sur la mucoviscidose. On y fêtera aussi le vingtième anniversaire de la découverte du gène en présence des découvreurs.
* Association Gaétan Saleün, 29, rue Félix-Le-Dantec, 29200 Brest. Tél.02.98.33.70.14. association-g.saleun@wanadoo.fr
« À Brest, nous avons mis en évidence 250 des quelque 1.600 mutations différentes du gène »
