30 décembre 2008 à 15h49
C'est un rude revers pour l'UMP d'Ille-et-Vilaine, qui a perdu, hier soir, trois des cinq sièges qu'elle détenait. De son côté, le PS réussit un carton plein, en prenant les deux circonscriptions sur lesquelles il pouvait légitimement avoir des vues. Le MoDem, enfin, place de belle manière son candidat de Fougères.
Ils étaient cinq contre deux, ils sont aujourd'hui deux contre quatre, plus un centriste au milieu. Cruel retour de bâton pour la majorité, qui n'a sauvé que ses deux « intouchables », le sexagénaire Pierre Méhaignerie et le septuagénaire René Couanau. Philippe Rouault, le jeune homme qui montait dans le sillage du Vitréen, voit sa carrière parlementaire s'interrompre. Le conseiller du même Méhaignerie, Loïc Aubin, un quadra lui aussi, rate son premier combat électoral et voit l'ex-circonscription d'Alain Madelin passer à la gauche. Pour l'UMP, qui comptait sur leur jeunesse pour renouveler la classe politique de droite, le changement de génération est manqué.
Contre-performance
Les jeunes ne sont pas les seuls battus : Marie-Thérèse Boisseau, qui a derrière elle une longue histoire de parlementaire bien élue et de membre du gouvernement, a réalisé une extraordinaire contre-performance. Avec 45 % des voix, soit 20 points de moins qu'en 2002, elle a ajouté à l'ampleur du désastre de ses couleurs en menant une campagne maladroite. Du coup, un jeune élu MoDem de terrain, conseiller régional et adjoint au maire, se trouve propulsé à l'Assemblée avec un plaisir inespéré. S'il y a rajeunissement, ce n'est pas venu de l'UMP. Ce n'est pas venu non plus du Parti socialiste. A Rennes-Ouest, le nouvel élu n'est pas vraiment nouveau puisqu'il récupère un siège qu'il a déjà occupé. Et à Redon, ce n'est pas non plus un jouvenceau qui succède à Alain Madelin. Jean-René Marsac, maintes fois candidat aux législatives, élu local et conseiller régional, a déjà une bonne pratique de l'action publique.
Dimanche sans stress particulier pour Pierre Méhaignerie puisqu'il est le seul député breton à avoir été élu au premier tour et ce, pour la dixième fois consécutive.
Même s'il n'a pas atteint ses 60 % de 2002, il est toutefois passé haut la main dimanche 10 juin, avec 52,68 %, malgré les 13,16 % du MoDem. Face à lui, dans la deuxième circonscription de France par la taille (dix cantons) où le centre droit et le centre « centre » totalisent près de trois quarts des voix, la candidate PS Clotilde Tascon-Mennetrier n'avait fait que 23,03 %, c'est-à-dire le même score qu'il y a cinq ans. Mobilisé entre les deux tours pour soutenir les autres candidats UMP bretons encore en lice, Pierre Méhaignerie est resté discret sur ses projets d'après législatives. Avec la perte programmée de sa présidence de la Commission des finances - qui devrait être confiée, selon les voeux de Nicolas Sarkozy, à l'opposition -, il confiait toutefois au Télégramme, au lendemain du premier tour, « qu'il y a tant de manières de servir... ». Comme la présidence de l'Assemblée nationale pour laquelle de nouveaux candidats - outre Patrick Ollier et Bernard Accoyer - pourraient bien se déclarer cette semaine.
Le « Roi René » a conservé sans coup férir son trône malouin, même s'il a dû s'y prendre à deux fois.
Avec 57 % des voix, le maire René Couanau se compte parmi les députés UMP les mieux élus, devançant largement la conseillère régionale et municipale PS Isabelle Thomas. Sur ces terres traditionnellement bien ancrées à droite, le Parti socialiste n'avait aucune illusion à se faire. Contraindre le sortant à affronter un second tour était la seule victoire à sa portée. Hier, il suffisait d'à peine plus de 2 % à René Couanau pour l'emporter. Il a fait 5 points de mieux dont il doit sans doute une bonne partie au candidat du MoDem, Jean-Francis Richeux, qui avait appelé ses électeurs à se reporter sur l'UMP. Une invitation que les Malouins pro-centristes n'ont pas massivement suivie : si le député sortant les avait tous réunis, il aurait totalisé 65 % des suffrages. On peut supposer qu'à peine un tiers d'entre eux ont retenu l'appel de leur candidat de premier tour et que la forte abstention dans leurs rangs a été compensée en participation par une bonne mobilisation de gauche. Quoi qu'il en soit, René Couanau engage son sixième mandat de parlementaire avec une belle légitimité.
René Couanau (UMP) : 57 %. Isabelle Thomas (PS) : 43 %.
Le jeune conseiller général MoDem Thierry Benoît n'osait pas l'imaginer, et pourtant il l'a fait : en battant Marie-Thérèse Boisseau, il représente désormais le quart du mouvement centriste à l'Assemblée nationale.
Bien sûr, il doit son succès à la bonne image qu'il a su développer en exerçant avec énergie ses mandats de conseiller général et d'adjoint au maire de Lécousse. Il le doit aussi à la sociologie de la circonscription de Fougères, historiquement attachée au centre comme sa voisine vitréenne. Mais là où Pierre Méhaignerie est passé au premier tour, Marie-Thérèse Boisseau n'atteint pas même les 45 % au second. Pour la députée historique, par ailleurs conseillère régionale et ancienne secrétaire d'Etat, c'est un cuisant échec. Sans doute son parcours centriste (une ex-UDF qui a rejoint l'UMP en 2002) a-t-il été oublié de ses électeurs. Sans doute aussi a-t-elle mené une campagne désastreuse, notamment en quittant, sur un clash, le plateau d'un débat organisé par la presse d'Ille-et-Vilaine. Voilà au moins qui établit clairement la préférence de l'électorat de gauche pour le centre : avec 17 points de retard (20 % à 37 %), Thierry Benoît a eu besoin de la quasi-totalité des voix PS-Verts-PRG pour l'emporter aussi nettement.
Thierry Benoit (MD) : 55,09 %. Marie-Thérèse Boisseau (UMP) : 44,91 %.
Le socialiste Jean-René Marsac a réussi à faire basculer la circonscription historique d'Alain Madelin, où il était réélu depuis bientôt trente ans.
Avec une avance de 3.800 voix sur le candidat UMP Loïc Aubin, il conquiert de belle manière un territoire de plus en plus périurbain qui penchait un peu plus à gauche à chaque scrutin. En réussissant là où son épouse avait échoué de 700 voix à peine voici cinq ans, il accomplit la revanche familiale. Ce résultat n'est pas vraiment une surprise, même si Loïc Aubin était en ballottage très légèrement favorable à l'issue du premier tour avec 6,5 points d'avance. Le candidat PS, qui bénéficie d'une bonne notoriété du fait de ses fonctions d'élu régional, a réussi à amener sur son nom les voix des candidats de gauche. Et à mobiliser une frange supplémentaire d'électeurs. Ce léger coup de pouce de la participation ne suffit pas à expliquer les 53 % de suffrages qu'il a réunis hier. L'explication principale semble résider dans un report majoritaire des électeurs de Philippe Cantin. Le candidat du Modem, qui avait totalisé plus de 7.000 voix (11 % des suffrages), avait mené une active campagne ciblant principalement l'UMP.
Jean-René Marsac (PS) : 52,93 %. Loïc Aubin (UMP) : 47,07 %.
Marcel Rogemont ne va pas tarder à être réintégré au sein du Parti socialiste, qui l'avait exclu pour cause de candidature dissidente : en reprenant le siège dont l'UMP Philippe Rouault l'avait éjecté voici cinq ans, il confirme le retour en grâce que les instances nationales avaient amorcé après sa qualification du premier tour.
L'élection du socialiste n'est pas une surprise, dans cette circonscription qu'il avait perdue en 2002 à 0,21 % près (840 voix) et où Ségolène Royal avait totalisé 55,6 % le 6 mai. Dès dimanche dernier, il se trouvait en position de ballottage risqué et recevait le soutien de sa concurrente « officielle » au terme d'une primaire où ils s'étaient bien gardés de se déchirer. Le quadra UMP, un proche de Pierre Méhaignerie qui portait les espoirs d'avenir de son parti en Ille-et-Vilaine, n'a pas réussi son exploit d'il y a cinq ans. Même s'il a pu rêver de réélection en début de soirée, alors que les deux candidats faisaient jeu égal, la tombée des résultats des bureaux urbains de Rennes a mis un terme à ses espérances. Relégué à 3.000 voix derrière le socialiste, il n'a pas reçu le soutien des électeurs du MoDem : pour passer, il aurait fallu qu'il les réunisse tous.
Marcel Rogemont (PS-dissident) : 52,75 %. Philippe Rouault (UMP) : 47,25 %.
Le retour breton à la logique du 6 mai n'a laissé aucune chance à l'UMP Loïck Le Brun, battu de 7.000 voix par le sortant socialiste Philippe Tourtelier. Le leader de la droite municipale rennaise, habitué aux combats perdus dans cette ville bien tenue depuis des décennies par Edmond Hervé, avait pourtant nourri durant six jours l'illusion d'une possible victoire. Au terme d'un premier tour où la vague bleue l'avait porté à un petit dixième de point du sortant, il avait pu imaginer que son tour était enfin venu. Mais patatras : le retour de bâton a été sans pitié et il doit se contenter d'un petit 43,57 %, soit quatre points de moins que son score de 2002. Comme les autres candidats UMP, Loïck Le Brun a payé le prix d'un maigre report des voix centristes du MoDem. Et, plus que les autres, il a subi de plein fouet une forte mobilisation de l'électorat de gauche, avec une participation qui a frôlé les 65 %. Le challenger d'Edmond Hervé, qui va affronter l'an prochain son successeur désigné pour la mairie de Rennes, va repartir au combat municipal avec le handicap de son bien faible score.
Philippe Tourtelier (PS) : 56,43 %. Loïck Le Brun (UMP) : 43,57 %.
Dans ce bastion socialiste des quartiers sud de Rennes, le second tour se présentait comme une formalité pour le sortant Jean-Michel Boucheron.
Le seul risque qu'il pouvait imaginer, s'il lui était venu l'envie d'essayer de se faire peur, c'est un report massif des voix centristes vers la candidate UMP, conjugué à une forte mobilisation des nombreux abstentionnistes en faveur de sa concurrente. C'est l'inverse qui s'est produit. La participation a encore reculé de 4 points mais ce n'est pas l'électorat de gauche qui a boudé les urnes, bien au contraire. Quant aux 11,5 % du candidat centriste Grégoire Le Blond, ils n'ont pas été d'un grand secours pour la candidate UMP Marie Louis. Avec 65,49 % des voix, soit 12.500 suffrages de plus que sa concurrente, Jean-Michel Boucheron s'offre le luxe de faire mieux encore que Ségolène Royal le 6 mai. L'inamovible député fabiusien rennais, réélu depuis trente ans avec autant de constance que de majorité, va retrouver son poste à la commission de la Défense à laquelle il consacre toute son activité politique. Il n'a, en effet, jamais souhaité briguer un mandat électif local.
Jean-Michel Boucheron (PS) : 65,49 % . Marie Louis (UMP) : 34,51 %.
