30 décembre 2008 à 15h49
Le rôle du député est mal connu des citoyens qui attendent beaucoup de lui. Assailli de demandes qui n'ont bien souvent aucun rapport avec ses prérogatives, il doit endosser, dans sa circonscription, un rôle de médiateur, à mi-chemin entre l'instituteur communal et l'assistante sociale.
Paisible. Un petit matin tranquille se lève sur Guilligomarc'h (29). Les 700 âmes qui peuplent la commune ont déserté les rues. La seule agitation à rompre le silence de cathédrale nous attire vers l'église du village. Aujourd'hui, c'est jour de grande lessive. Des seaux d'eau sont propulsés sur un sol qui en avait bien besoin. « Il n'avait pas été lavé depuis 53 ans » annonce l'une des bénévoles du comité paroissial, en briquant les pierres humides. « Alors, on refait une beauté à l'église ? » Pierre Calvar, le maire qui participe à l'opération de toilettage, s'interrompt un instant pour saluer le nouveau venu. Gilbert Le Bris, député socialiste de la 8 e circonscription du Finistère, tend la main. Quelques plaisanteries sont échangées entre les deux hommes ne figurant pas du même côté de l'échiquier politique. Pas vraiment un obstacle pour le député en campagne : « On fonctionne comme ça. Il suffit de se parler et on oublie les clivages. Je crois qu'une fois qu'on a été élu, on devient le député de tout le monde. »
La permanence se déplace
Depuis son élection sous son nom (après avoir assuré l'intérim de Louis Le Pensec), en 2002, Gilbert Le Bris s'emploie à rencontrer les habitants des 25 communes de la circonscription. « En temps normal, des permanences sont proposées partout. Bien souvent, certaines personnes préfèrent venir nous voir dans une autre commune que la leur. Sans doute pour ne pas être repérées. La discrétion, ils y tiennent », sourit le député-maire de Concarneau, en emboîtant le pas des membres de son comité de soutien. À l'approche de la nouvelle échéance électorale, les députés délaissent leur permanence. Ce qui ne veut pas dire, pour autant, qu'ils font la sourde oreille aux doléances et questionnements de leurs électeurs. « La permanence se transporte chez les gens » résume Gilbert Le Bris. « Où va-t-on ? » « Chez Loïc » lui répond-on. « Dans chaque commune, il y a des gens investis, membres d'associations, qui sont des relais d'opinion pour nous. » La voiture s'arrête devant la maison de Loïc Vasquez. L'accueil est immédiat. « Tu te souviens de moi ? J'étais déjà venu en 2002... » hasarde Gilbert Le Bris. « Oui, je me rappelle, je ne t'avais pas mis à la porte ? » Éclats de rire. On se pose et on cause autour du café.
Test ADN pour les enterrements sous X
« Je voulais te parler de cet homme, à Quimperlé, qui a reçu un courrier de la Préfecture lui annonçant qu'il était " expulsable ". Non seulement il est bien intégré dans sa ville et il parle français, mais, en plus, il est dans un métier où l'on recrute du monde. Je n'arrive pas à comprendre... » Gilbert Le Bris hoche la tête. « J'ai saisi le Préfet sur cette affaire. J'ai saisi Michèle Alliot-Marie dès qu'elle est devenue ministre de l'Intérieur... C'est un cas exemplaire, il est motivé par l'envie d'être français. » Le député noircit ses fiches des remarques de ses hôtes. Survient une demande inattendue : « On aimerait que tu fasses quelque chose à Paris pour faire voter une loi interdisant d'enterrer les gens sous X sans avoir effectué un test ADN auparavant. On en fait bien pour des vols de mobylettes, alors... Après ce qu'on a vécu, on pense que ça devrait être automatique. » Le couple a perdu un fils. Le député prend congé en promettant d'en parler. « C'est quelque chose qui me paraît tellement évident mais qui n'a sans doute jamais été débattu auparavant. »
Le cheval dans le jardin
Plus tard, il revient sur cette demande peu commune. « Ce sont des choses que l'on apprend sur le terrain et qu'on peut relayer. » Cependant, toutes les demandes ne remontent pas jusqu'à l'Hémicycle. « On ne peut répondre à tout, mais on peut donner suite. Un député reçoit tellement de demandes... » De quel genre ? « Elles évoluent avec le temps. Il y a des années, on venait nous vvoir pour des problèmes de raccordement de téléphone. Aujourd'hui, on nous interpelle pour des soucis avec l'ADSL. » L'exemple a valeur de goutte d'eau dans l'océan des sollicitations. « Il n'y a pas de limites. On m'a demandé des photos dédicacées des députés, des porte-clés de l'Assemblée, mais aussi des places de foot, ou pour l'opéra à Paris. » Plus surprenant : « Un homme était venu voir Louis Le Pensec pour lui demander d'interférer, afin qu'il puisse enterrer son cheval dans son jardin » se remémore-t-il en souriant. « Il y a vraiment de tout. Nous recevons des demandes d'aides pour les étudiants, des dossiers d'urbanisme, de permis déposés, des problèmes de surendettement, beaucoup en ce moment, et pas seulement de jeunes couples... »
« Combien je vous dois docteur ? »
Le député se voit attribuer des pouvoirs qui tutoient l'omnipotence. « Les gens ne savent pas souvent quel est précisément notre rôle. On nous demande d'intervenir dans des cas de divorces, par exemple. J'ai vu des gens arriver avec le dossier de leur vie sous le bras. Mais s'il y a une vertu apaisante à dire ce que l'on a sur le coeur, les choses sont claires : la Justice est indépendante des pouvoirs publics. » Un job à plein-temps que cette charge de député de terrain, qui fait appel à de multiples compétences. « Pour moi, c'est un rôle d'intermédiaire, de relayeur. On est des " facilitateurs ". Quand on ne sait plus qui aller voir, on se tourne vers le député qui est un point relais. Un jour, quelqu'un m'a dit, après un entretien : " Combien je vous dois, docteur ? " En fait, les gens ne savent plus vraiment qui on est. »
« Si tu ne réussis pas je ne vote pas pour toi »
Dans les rues de Locminé (56) et entre les étals, le député Gérard Lorgeoux (UMP) prête l'oreille. « Il arrive qu'on me dise, à la fin d'un entretien : " Je sais que tu ne peux rien faire, mais merci de m'avoir écouté ". Aujourd'hui, on a l'impression que les gens ne se connaissent plus, que les voisins ne se parlent plus. Ils ont besoin d'un médiateur. Mais leurs demandes débordent systématiquement. » Et parfois, à l'approche des élections, elles se font plus pressantes. « Il arrive que certains me disent : " Si tu ne réussis pas, je ne vote pas pour toi ", quand ce n'est pas une requête absurde, du style : " T'as pas une bonne place à la mairie, planquée ? Parce que je ne veux pas bosser ". »
Le piston ne marche plus
Au hit-parade des demandes (plus raisonnables) de Gérard Lorgeoux : le logement et l'emploi. « Je vois des parents qui se déplacent pour leurs jeunes. Alors qu'on ne peut pas faire grand-chose. Je dis toujours : " C'est l'entreprise qui crée de l'emploi, pas l'élu. " Avant, il y avait le service militaire. Le ministère de la Défense acceptait les interventions des parlementaires, on trouvait une affectation proche de sa ville au bon joueur de foot. Il y a des décennies que le piston ne marche plus. C'est pareil avec les suspensions de permis : on ne peut rien faire. » Nos députés ne feraient-ils donc que des déçus ? « On est là pour rendre service. Pour essayer, en tout cas. Des gens qui habitent les grandes villes veulent se rapprocher et nous demandent d'accélérer leur mutation, ou ce sont des voisins qui se font la gueule depuis des décennies, qui ne se parlent plus et qui viennent voir le député pour qu'il arrange ça. » La phrase est lâchée : « Je crois qu'on est vraiment des assistantes sociales ». Assistante sociale, conseiller juridique, écrivain public, confesseur... un peu tout ça, certainement, mais surtout : relais et porte-parole de tous les citoyens.
Tous les résultats commune par commune sur la page spéciale législatives
