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Tennis français. En pleine turbulence

30 décembre 2008 à 15h45

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Règlements de comptes, mises en examen, rivalités, rumeurs, altercation verbale, et, pour couronner le tout, des résultats très décevants à Roland-Garros : depuis le début de l'année, le tennis français traverse une période de fortes turbulences.

Règlements de comptes, mises en examen, rivalités, rumeurs, altercation verbale, et, pour couronner le tout, des résultats très décevants à Roland-Garros : depuis le début de l'année, le tennis français traverse une période de fortes turbulences. Guy Forget sera-t-il encore le capitaine de l'équipe de France de Coupe Davis la saison prochaine ? La question était sur toutes les lèvres ces derniers jours à Roland-Garros. Depuis qu'une énième affaire est venue empoisonner un tennis français qui fait pourtant preuve de vitalité. L'an passé, les effectifs ont augmenté de 42.000 unités, atteignant ainsi quasiment 1,1 million de licenciés dans le pays. Ça faisait belle lurette qu'une telle hausse n'avait été enregistrée.
Initiative personnelle ou complot organisé ?
Cette nouvelle polémique a démarré par des révélations dans le journal L'Equipe du 5 juin. Celles de Nicolas Escudé, ancien membre de l'équipe de France de Coupe Davis, à la retraite depuis un an. « Durant le tournoi de Monte-Carlo (mi-avril), quelqu'un de l'entourage de la Fédération (française de tennis) m'a approché pour me proposer le poste de capitaine », avait déclaré le joueur dans les colonnes du quotidien sportif. Ce « quelqu'un » en question serait Jean-François Bachelot, ancien tennisman français de bon niveau, tout juste entré dans le giron fédéral à un poste de relais entre les joueurs et la Fédération. Aussitôt, la FFT s'est fendue d'un communiqué pour tenter d'éteindre l'incendie, disant « n'avoir mandaté personne, de quelque façon que ce soit, pour évoquer un changement de capitaine ». Alors, « initiative personnelle », comme l'a affirmé le Directeur technique national, Patrice Dominguez, ou complot organisé par ceux qui voudraient la peau de Guy Forget ?
Les choix de Forget font débat
Car une chose est claire : le sélectionneur ne fait pas l'unanimité. Auprès de certains joueurs tout d'abord, qui se sentent frustrés par ses choix. Que ce soit Monfils, Benneteau ou Simon, ou à un degré moindre Gicquel et Serra, tous pouvaient espérer en début d'année une première convocation en équipe de France. Elle n'est jamais arrivée. Au contraire, le capitaine a fait preuve d'immobilisme en continuant à faire confiance à ses fidèles lieutenants que sont Grosjean et Clément. Malgré leurs résultats en dents de scie ces derniers temps. D'où quelques grincements de dents chez plusieurs Français classés autour de la 50 e place mondiale. D'autant que le parcours des Tricolores s'est arrêté dès les quarts de finale face à la Russie.
« Des présidents venus voir perdre l'équipe »
Et puis, ce n'est pas un secret : les relations entre Christian Bîmes, le président de la FFT, et Guy Forget n'ont jamais été d'une extrême cordialité. Comme on dit dans ces cas-là, ces deux-là ne passeront pas leurs vacances ensemble. Leur mésentente avait atteint son paroxysme en février 2004 lors d'un match de Coupe Davis à Metz face à la Croatie. A l'issue de la victoire des Bleus, Forget était sorti de sa réserve, dénonçant des « parasites prêts à me dégommer en cas de défaite ». Ou encore : « La présence de présidents de ligues venus voir perdre l'équipe de France. » Une prise de position qui avait agacé le président de la FFT. « Oui, il y a eu des tensions entre Guy et moi », avoue Bîmes. « Mais depuis, on s'est parlé et la situation s'est améliorée. Et non, je ne veux pas la tête de Forget », a-t-il redit il y a une semaine lors du dîner organisé à Roland-Garros à l'intention de la presse régionale. Reste que le président n'a pas caché qu'il existait « un problème d'ambiance » et parlé de « la nécessité de trouver un nouveau mode de fonctionnement »...
FFT - Team Lagardère : un sujet sensible
Déjà, le nom de Fabrice Santoro a été murmuré pour succéder à Forget. Lui aussi en froid avec le sélectionneur depuis qu'il l'a écarté de l'équipe en 2003, le Toulonnais est dans les petits papiers de Bîmes et il est très proche de Richard Gasquet, qui a également critiqué son capitaine après la défaite contre la Russie. Gasquet, le fer de lance du Team Lagardère,, cette structure privée lancée il y a deux ans par le puissant homme d'affaires Arnaud Lagardère. Depuis, Mauresmo, Pierce, Monfils ou encore Mathieu ont rejoint le nº 1 tricolore. Tout comme plusieurs entraîneurs de renom (Hagelauer, Deblicker...), qui faisaient jusque-là les beaux jours d'une FFT gênée aux entournures lorsque ce sujet sensible est évoqué. Officiellement, Jean-François Vilotte, son directeur général, ne veut pas entendre parler d'une quelconque rivalité. « Arrêtez de nous opposer ! Nous sommes complémentaires », martèle-t-il. Difficile tout de même de ne pas croire à une féroce concurrence entre les deux entités. Une rivalité fatale à Patrice Dominguez ? Consultant historique d'Europe 1, le DTN n'intervient plus depuis quelques mois sur les ondes de la radio, qui est la propriété du groupe Lagardère. « J'ai été viré », assure-t-il. « C'est venu d'en haut. Et ça m'a fait mal. » Depuis mi-mars, le nouveau consultant tennis d'Europe 1 est Guy Forget, qui entretient des relations très étroites avec Lagardère.
Insultes et graves accusations
Pour Georges Goven, l'alter ego de Forget chez les filles, tout va bien... sportivement parlant. Qualifiées pour les demi-finales de la Fed Cup, Mauresmo et ses copines défieront l'Italie mi-juillet. Pourtant, le responsable du haut niveau féminin à la Fédération s'est lui aussi retrouvé dans la tourmente. Petit retour en arrière, le 9 février dernier. Ce jour-là, au Centre national d'entraînement à Roland-Garros, une vive altercation éclate entre Goven et le père d'Aravane Rezaï, qui est aussi l'entraîneur de la jeune joueuse française. Dans un climat de haine, les insultes pleuvent. Elles sont suivies de graves accusations. Présents à ce moment-là, plusieurs témoins diront avoir entendu M. Rezaï traiter le capitaine de Fed Cup de « violeur de petites filles ». Des propos réfutés par l'intéressé, qui parlera de provocation. « Il m'a menacé avec un fusil de chasse », affirmera le Franco-Iranien, qui présentera ses excuses quelques jours plus tard après avoir rencontré Christian Bîmes. Il faudra attendre plus d'un mois pour que la Fédération prenne une sanction à l'encontre d'Arsalane Rezaï, interdit de fréquenter durant deux ans les tournois organisés par la FFT dans l'Hexagone.
Régis de Camaret relâché
Toujours dans la rubrique faits divers, une autre affaire éclate quelques jours après l'épisode Rezaï-Goven. Suite à une douzaine de plaintes, Régis de Camaret est mis en examen le 18 février pour « viols aggravés », « violences sexuelles aggravées » et « agressions sexuelles sur mineures par personne ayant autorité ». Il est aussitôt écroué. Dans le milieu du tennis français, la nouvelle fait l'effet d'une bombe ! Reconnu comme l'un des meilleurs entraîneurs du pays, Camaret (65 ans aujourd'hui) a notamment amené Nathalie Tauziat au troisième rang mondial en 1998. Il a aussi dirigé de nombreuses bonnes joueuses françaises, comme Isabelle Demongeot (35 e mondiale en 88), une des plaignantes dans cette histoire de moeurs. Après trois mois et demi de détention, Régis de Camaret a été relâché le 1 e r juin. Il nie les faits qui lui sont reprochés. Des faits qui remonteraient à la fin des années 80.
Bîmes pris par la patrouille
Christian Bîmes n'a pas échappé à la patrouille, lui non plus. Et s'il n'est pas passé par la case prison, le président de la Fédération française de tennis a également été mis en examen, lui aussi au mois de février (le 15), mais pour « abus de confiance » et « prise illégale d'intérêts ». Auparavant, il avait passé 48 heures en garde à vue. Selon L'Equipe Magazine du 19 mai dernier, la justice lui reproche notamment des remboursements de billets d'avion et de nuits d'hôtels, mais aussi d'avoir fait pression pour que deux agences d'hôtesses où travaillait sa femme soient retenues à l'occasion de Roland-Garros. Difficile aujourd'hui d'en savoir plus ssur les suites de cette affaire. « La procédure suit son cours », se contente-t-on de nous répondre à la brigade de répression de la délinquance économique, basée à Paris. Le président de la FFT pourrait néanmoins être renvoyé devant un tribunal correctionnel dans les semaines à venir. En attendant, il est toujours présumé innocent. Et il a d'ailleurs reçu un soutien massif des dirigeants fédéraux réunis le 17 mars dernier. Avec 33 voix pour et trois abstentions, le comité de direction de la Fédération a confirmé Bîmes dans ses fonctions.
« Convaincre les élus un par un »
Bref, depuis cinq mois, on ne compte plus les tensions qui ont sérieusement ébranlé le tennis français. Des tensions que les résultats sportifs chaotiques n'aident pas à dissiper mais qui, au contraire, ne font qu'amplifier le malaise. En janvier, à l'Open d'Australie, les Bleus avaient déjà brillé par leur médiocrité. Aucun d'entre eux n'avait atteint les quarts de finale. Une première depuis 1996. Rebelote à Roland-Garros. Là encore, pas un seul des 36 Français présents sur la ligne de départ n'est parvenu au stade des quarts de finale. Une « performance » qui n'avait plus été réalisée depuis 1999. Dans le même temps, le dossier d'extension de Roland-Garros demeure fragile. Pour parvenir à leurs fins, les dirigeants fédéraux vont devoir faire du lobbying. « Convaincre les élus un par un du bien-fondé de notre projet, qui prévoit un stade de 15.000 places à toit rétractable et deux courts couverts », indique Jean-François Vilotte. Encore du tracas en perspective...

  • Ronan Tanguy, le 12/06/07

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