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FC Nantes. La chute d'un monument

30 décembre 2008 à 15h45

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Nantes, mathématiquement relégué en L2 depuis mercredi, se prépare à des lendemains difficiles et devrait amorcer à l'intersaison une profonde réflexion sur son devenir, vraisemblablement dans le but de remonter immédiatement en L1, ce qui est loin d'être évident. Retour sur une soirée qui a mis un terme à 44 ans de présence ininterrompue parmi l'élite.

« Ah ! ?, tu viens pour l'enterrement... ». Arrivée à Nantes, mercredi midi, à quelques heures du décisif Bordeaux-Nantes. Bonjour l'ambiance. « Ici, c'est vraiment la sinistrose », dira plus tard un autre interlocuteur. Et le résultat final de la joute électorale dominicale, dans une ville ayant pourtant voté « Ségo » à 56,61 %, n'y est pas pour grand-chose.
Le communiqué était prêt...
« Vous comprenez, pour tout le monde, Nantes, c'est les Canaris ». Or les Canaris, pour le coup, ils sont cuits, cuits, cuits. Et impossible de l'ignorer ! Chez les marchands de journaux, l'affichette de Presse Océan n'incite guère à l'optimisme : effectivement, « ce soir, Nantes peut être relégué en Ligue 2 ». S'il reste des Nantais à y croire, ce sont forcément les supporters ? Direction la rue Régnard, où se niche le siège d' « Allez Nantes Canaris », le club de supporters « historique ». Dans ce local cossu, dont les murs portent la trace des années de gloire, on prône en toutes circonstances la tempérance. Mais pour l'optimisme béat, il faudra repasser. Jacques D'Haese, le président « depuis 13 ou 14 ans » de cette vénérable institution créée en 1946, met même la dernière main à un communiqué. A remettre le lendemain à la presse si...
« Une explication bien trop simple »
Le texte est de très bonne tenue : pas de félicitations bien entendu, mais pas non plus d'invectives ni d'exigences, au contraire des groupes qui depuis plusieurs semaines déjà crient « dirigeants démission ». Il y est surtout fait état d'un « sentiment de tristesse ». Jacques D'Haese n'est pas un grand naïf. Il n'ignore rien des erreurs successives de Gripond et Roussillon, les deux principaux dirigeants, aujourd'hui dans le collimateur de toute une ville. Pour autant, ce n'est pas seulement par principe qu'il « refuse de tirer à boulet rouge sur la direction actuelle. C'est une explication bien trop simple. Le déclin ne date pas de 4-5 ans. Ça avait commencé bien avant. Et les grands bonshommes du passé ne sont pas exempts de responsabilité dans ce qui arrive. Ont-ils su, eux, mettre en place les conditions pour que le club se maintienne au sommet ? ». En attendant, le rêve de maintien est toujours permis. Aux Arcades, un café du centre-ville où deux télés et un écran géant attirent les supporters à chaque fois que Nantes joue à l'extérieur, ils ne sont pas nombreux à y croire. Le penalty arrêté par Heurtebis lance la soirée. L'ambiance monte progressivement jusqu'à atteindre son paroxysme lorsque Oliech trouve l'ouverture à dix minutes de la fin. « On a gagné ! ». Puis, elle retombe comme un faux col lorsqu'on apprend que pendant qu'on buvait des bières ici, « Paris n'a pas fait son boulot » en s'inclinant à Nice.
« Pas le moment » du grand déballage
Cette fois, c'est fini. Quelques-uns déversent leur bile sur les dirigeants en place, d'autres refont l'histoire du club, la majorité s'évanouit sans un bruit dans la nuit. Hier matin à la Jonelière. Le décrassage a commencé. Les journalistes, collectivement accusés dans la semaine par la direction du club d'avoir « instauré un véritable climat de haine envers les dirigeants et certains joueurs et techniciens », sont tenus à distance du terrain où les joueurs disputent un « volley-ballon ». Enfin, pas tous. Da Rocha et Savinaud font bande à part. Ils ne sont pas les seuls. Cetto, lui, le sera : le seul à parler. Pour effectuer un mea culpa collectif, esquisser une ligne de partage entre ceux qui pourront « se regarder dans la glace » et les autres, mais finalement rester bien sage : non, « ce n'est pas le moment » pour un grand déballage. Plus tard. Un à un, les joueurs filent en silence à bord de leurs véhicules de luxe. Certains d'entre eux franchiront encore ces portes la saison prochaine. Pour d'autres, ce n'est plus leur problème.

  • Benoit Siohan. 11/05/2007

Barthez. Un révélateur des dysfonctionnements

Quatre petits mois et puis s'en va par une porte dérobée. Avec la parenthèse Barthez, le FC Nantes a ajouté le sordide au bide. Cet épisode, dont ni le joueur ni le club ne sortent grandis, aura pourtant eu son utilité : dans sa globalité, il constitue un révélateur des principaux dysfonctionnements de la maison jaune.

Barthez à Nantes ! Est-ce Rudi Roussillon qui en a eu l'idée tout seul, ou plus probablement le président nantais s'est-il laissé séduire par un de ces « marieurs » prospérant dans le milieu du foot sur le dos de dirigeants un peu trop verts ? Toujours est-il que l'idée de génie dont se berçait le président nantais a vite tourné à la pantalonnade, au-delà même de ce qui était prévisible s'agissant d'un numéro 16 dont la carrière est jalonnée d'autant d'incidents que de titres.
Deux désertions « présumées »
En un peu plus de quatre mois sous le maillot nantais, l'ex-divin chauve, rebaptisé diva chauve, a considérablement augmenté le rythme de ses interventions hors jeu. Avec pour morceaux de bravoure deux désertions spectaculaires : la première en cours de rencontre après une grosse bévue contre Sedan, la seconde, définitive, à l'issue du derby perdu contre Rennes. À chaque fois, il y eut une justification officielle. La première (blessure à la cuisse) avait suscité l'hilarité. La seconde, lorsqu'il se dit « victime d'une agression planifiée et préméditée » suscita un émoi vite dissipé par les témoignages des policiers présents sur les lieux. Douze jours après les faits, le procureur de la République de Nantes attendait toujours hier d'être saisi de la plainte de l'ancien gardien. Sans impatience évidemment. Le tableau final n'est pas joli-joli. S'il ne grandit pas un ex-champion dont la fin de carrière vire au pathétique, il met également en exergue le climat détestable régnant au sein du vestiaire nantais : si Barthez a à ce point dérapé, c'est aussi en partie parce qu'on lui a savonné la planche.
Schisme et boulettes
A ce premier dysfonctionnement - le schisme au sein du groupe - dont les origines remonteraient à cinq ou six ans au moins, s'en ajoute une impressionnante liste à inscrire au passif de Rudi Roussillon dans ce seul dossier Barthez. Sans même entrer dans un débat sur la valeur sportive actuelle du gardien, le président nantais a commis au moins trois erreurs : 1. Imaginer que Barthez, dont toute la carrière disait le contraire, pourrait être un leader pour le groupe. 2. Recruter intuitu personae un joueur dont son entraîneur ne voulait pas. 3. Enfin, sa gestion pour le moins privilégiée et laxiste du « cas » Barthez a accentué les problèmes au sein du groupe et précipité un peu plus le club vers l'abîme.

  • B. S.

Un avenir encore flou

Tandis que ses joueurs en terminaient avec leur décrassage matinal, Rudi Roussillon était l'invité de France 3. Le président nantais a fait part de ses sentiments « de déception, de tristesse et de colère », montré qu'il excellait dans l'art de dégager en touche, mais est en revanche resté très discret quant à l'avenir du club. Les confidences distillées par Roussillon ces dernières semaines laissent toutefois penser que non seulement le groupe Dassault ne vendra pas le club, mais également que lui-même en conservera les commandes. Le président nantais a également confirmé publiquement que le duo Der Zakarian-N'Doram serait reconduit la saison prochaine, le premier ayant la charge de l'équipe, tandis que le second retrouverait un rôle de recruteur. Cette apparente stabilité ne parvient pas à occulter une volonté de « faire le ménage » déjà perceptible. Savinaud est déjà prévenu que son contrat ne sera pas reconduit et Da Rocha doit furieusement s'en douter. Egalement dans le collimateur du président, le médecin, Fabrice Bryand, que d'aucuns désignent comme l'un des responsables des cabales successives qui ont coûté leur place à cinq entraîneurs en cinq ans.
Gripond devrait partir
Le « dégraissage » concernera également les effectifs administratifs d'un club dont le budget sera divisé par deux, passant de 48 à 24 millions d'euros, ce qui reste très conséquent pour la L2. Une dizaine de licenciements seraient prévus. La grande question qui agite l'environnement du club reste toutefois le sort de l'administrateur délégué et ancien président, Jean-Luc Gripond. Après avoir annoncé son maintien au club de manière temporaire il y a deux ans lors de la passation de pouvoir entre les deux hommes, Roussillon a fait durer le provisoire. Mieux, il s'est appuyé sinon reposé sur un ancien président, nantais au quotidien, tandis que lui-même demeure à Paris. La relégation rendant presque impossible le maintien d'un homme considéré assez largement comme le principal responsable de l'échec, Roussillon va sans doute devoir s'en séparer et trouver au sein du club quelqu'un capable de rassembler une famille aujourd'hui éclatée.

  • B. S.

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